Quitter les feux de la rampe

Par les  temps qui courent, les feux de la rampe se braquent sur la sortie imminente du film Da Vinci Code. Bien tentant de ne pas inclure un hyperlien vers son site officiel, par une étrange espèce d’égoïsme, pour ne pas perdre de visite sur ce billet… Mais pourquoi vouloir retenir l’attention, alors qu’une œuvre d’envergure pique la curiosité de millions de cinéphiles? Offrez-vous donc le détour, si bon vous semble!

Les romans mettant à profit l’exploitation de symboles religieux ou de théories scientifiques se méritent de plus en plus la faveur du public. Avides d’épopées pleines de rebondissements, tout en exigeant une plus grande compréhension du monde de la recherche, nous nous plongeons parfois dans des spéculations fort étranges. N’est-ce pas la caractéristique fondamentale de l’univers romanesque : nous sortir du monde rationnel, afin de laisser galoper notre esprit?

Pourquoi cet espace personnel – prétendument un portail conduisant aux informations les plus à jour sur les récents développements scientifiques- entraîne-t-il soudainement ceux et celles qui le fréquentent dans cet  univers romanesque, direz-vous?

Notre imagination invente aussi la science Dans cet espace, nombre d’outils permettent de prendre le pouls de l’Univers. Il suffit d’explorer ces quelques listes proposées ça et là afin de parfaire sa curiosité. L’observation de l’Univers nous plonge certes dans l’infini – galaxies, étoiles ou trous noirs – ou encore dans l’infime, qu’on tente d’observer à travers les accélérateurs de particules.

Mais il faut se recentrer sur l’Humain, d’autant plus qu’il est un produit tout à spécifique du tissu cosmique, à même titre que les galaxies ou les étoiles.

L’observation de l’Humain est aussi fascinante. N’est-il pas, aux premières loges, observateur de l’Univers? Certes, on voudrait bien toujours s’appuyer sur  les sciences exactes et localiser des sources fiables, afin d’éviter de tomber dans le piège de la science irrationnelle, nous alimentant allègrement de moult canulars et  prétendues conspirations scientifiques pullulant sur le Web. Nous y reviendrons. Un billet précédent, « Connaissez-vous l’étoile Joe Smith? », illustre d’ailleurs notre amusant comportement devant les phénomènes de l’Univers.

Il ne faut pas dramatiser. Notre imagination doit être sans bornes.Les romans nourrissent notre imagination

Il y a plusieurs années, une citation est venue s’installer en exergue au début de bien des manuscrits non publiés. Voilà enfin une occasion pour la partager, avant de revenir à l’univers romanesque de Dan Brown. N’oublions pas : par la conscience, nous avons accès à l’Univers, autant dans l’élaboration des théories scientifiques les plus extraordinaires ou à travers ces expériences les plus délirantes que nous conduisons en physique, en nous «amusant» avec ces instruments hallucinants, tels ces accélérateurs de particules.

Mais comment peut-on avoir une vision articulée de la conscience, en pensant au roman, même si certains scientifiques ni voient qu’un dérisoire divertissement?

«Il y a conscience parce que subsiste en nous une ouverture, une absence que nos conduites explorent sans la combler. Les romans nous en préviennent. Après tout, l’usage que nous en faisons est étonnant. Pourquoi lisons-nous ces histoires qui ne sont pas vraies, sinon parce que la vie n’est pas un cercle fermé de phénomènes tangibles à l’encontre du rêve illusoire; elle ne prend consistance que par l’interprétation que nous nous en donnons. Ce que nous appelons parfois la «vie réelle» n’est concevable qu’à partir de nos vies imaginées. L’existence n’est, à tout prendre, que la cendre de nos représentation»
Fernand Dumont
L’anthropologie en l’absence de l’homme.

Voila! On se sentira peut-être moins coupable de fréquenter les romans, et encore moins en se plongeant dans ceux pouvant alimenter notre curiosité scientifique. Alors, pourquoi diable ne pas se taper immédiatement Da Vinci Code, comme tout le monde, et laisser un peu de côté cet univers quasi incompréhensible de l’astrophysique?

Ange ou démon? Ange et démon!

Il est parfois agréable de naviguer à contre courant, malgré la faveur populaire. Ainsi, rien de tel, comme petit cadeau inaugurant une période sabbatique, que de s’offrir un bel ouvrage qui nous accompagnera pendant ce moment de répit. Dan Brown, sous les auspices de la maison d’édition Atria Books, nous offre une luxueuse édition reliée de son roman précédent! Juste au moment du début de ce congé de quelques mois, l’occasion était belle pour doublement se récompenser.

Après avoir évoqué la semaine dernière l’échec cuisant d’un projet scientifique audacieux, et avant de plonger dans l’univers hallucinant des particules subatomiques, il fallait bien trouver une petite intermission entre deux lectures plus ardues. Même s’il est agréable d’aborder un roman naïvement, en sachant bien que c’est une histoire, pourquoi ne pas s’offrir une petite séance de démystification

Rien de tel que de passer du côté de cette proverbiale institution dont il est question dans le roman : le CERN (Organisation Européenne pour la Recherche Nucléaire), ayant d’ailleurs dédié une page de son site Web à Anges & Démons. Sans y dévoiler l’intrigue, on remet les pendules à l’heure.

L’univers romanesque croise rarement le fer avec l’univers scientifique. Est-ce une première dans ce cas-ci?  Un petit détour chez John Langdon (en anglais) vous permettra également de vous émerveiller sur l’art des ambigrammes, tels ceux se retrouvant dans le roman de Brown.

Une fois que votre visite virtuelle au CERN vous aura sensibilisé au fait que les accélérateurs de particules – instruments scientifiques tout à fait démesurés – sont des machines tout à fait incroyables et complexes, absolument extraordinaires pourrait-t-on croire, une dernière réflexion pourra probablement vous traverser l’esprit.

Une nouvelle religion contemporaine, sous forme de culte de l’atome ou de toute autre particule infime pour laquelle les scientifiques officient dans des cathédrales enfouies aux proportions imposantes, se substitue-elle désormais aux cathédrales du Moyen-Âge, qui s’élançaient au jadis vers le ciel?

Du culte de l’immense et de l’infini, nous nous abandonnons-nous maintenant à celui de l’infime! Mais que nous soyons dans l’infini ou dans l’infime, dans le spirituel ou dans le matériel, dans l’indivisible ou dans le divisible, demeurons toujours habités par l’émerveillement, la fascination et l’admiration, ne serait-ce qu’en mille mots précisément!

Apostille 2006-06-04

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Dan Brown

Version 1.1 | 2006-06-04