
AU CAS OÙ L’UNIVERS AURAIT UN DÉBUT
Certitude de l’incertitude
Le blogue univers zéro un 101, depuis ses débuts, s’est coiffé d’une courte maxime. Ces incessants débats entourant la théorie du Big Bang la rendent plus pertinente. Dans une des pages de présentation du blogue, nous la justifions ainsi :
« La maxime du blogue, au cas où l’univers aurait un début, se justifie du fait que beaucoup de personnes croient que l’Univers est éternel. Peu importe donc l’état dans lequel son tissus cosmique se présente à notre expérience sensorielle, ce concept d’éternité nous oblige ainsi à postuler qu’il est sans début, ni fin; exception faite bien sûr de notre bref passage conscient en ses murs infinis. [...] Mais si nous n’étions pas là pour postuler ainsi ce concept d’éternité, qu’en serait-il? »
Ce débat n’étant ni nouveau, ni prêt de se terminer, cette maxime demeure pour le moment une espèce de position éditoriale de ce blogue, une perspective du regard.
Ce billet brosse un tableau impressionniste du débat. Suite à une visite coutumière dans les kiosques à revues, un titre à sensation de la presse scientifique populaire crée le larron, un peu voleur de sens, à la limite cambrioleur sémantique tentant de soutirer au réel son trop de substance en le dénuant un peu de signification, histoire d’exercer un certain doute !
Ce n’est pas seulement les stars hollywoodiennes qui captent notre attention, mais les étoiles du firmament aussi, dans notre quête des origines. Mais pourquoi ?
Il suffit de revenir une seconde fois sur un même titre, même si ce n’est qu’une des nombreuses petites nouvelles ou articles qui nous sont injectés par les fils RSS ou rencontrés au hasard des promenades sur la blogosphère. S’apercevoir qu’un détail nous échappe ou qu’une nouvelle similaire a jeté un nouvel éclairage fait partie de la vie de chercheur sans papiers. Il est faux de croire qu’un article se termine au moment où le magazine est refermé et rangé sur une étagère.
BIG BANG
Il n’a peut-être jamais eu lieu.

Science & Vie. Avril 2006. No. 1063
Ce titre, coiffant le dernier numéro de Science & Vie pourrait porter à confusion. Que veut-on dire, que veut-on défendre ? Dans le second volet de ce grand reportage – Le big bang fait de la résistance – Serge Brunier expose sommairement les opposants dans l’arène d’un combat où il ne semble pas y avoir uniquement des enjeux scientifiques, et cela apparaît rapidement, en filigrane.
Il expose brièvement certains concurrents en lice, dont le modèle univers stationnaire – Hoyle, Bondi et Gold, le modèle dérivé univers quasi stationnaire – Narlikar, Burbidge, et enfin le modèle univers plasma – Alfven.
Les autres théoriciens n’y trouvent par leur compte, que ce soit la Théorie des cordes ou la Cosmologie quantique. Comprenons que ces dernières perspectives cosmologiques se situent dans le champ de la physique théorique, où il les questions mathématiques sous jacentes à ces théories conduisant loin de l’expérimentation en laboratoire; il ne faut pas dire que ces voies sont sans avenir, mas cela ne mérite pas un rejet de l’arène.
Si ce billet devait se coiffer d’un sous-titre en anglais, en voici un qui pourrait très bien faire la couverture d’une revue de science populaire. En scrutant le Web, ce titre ne semble pas encore avoir été retenu :
BIG BANG
… or big bucks?
Nous pénétrons rapidement dans un champ miné, épistémologiquement, en nous rendant compte bientôt d’un aspect idéologique qui ne nous vient pas toujours à l’esprit en songeant à la recherche cosmologique : l’argent! Les Big Bucks… Pourtant, il suffit d’observer tous ces instituts, laboratoires, observatoires, pour nous rendre compte que la recherche scientifique coûte très cher. Les difficultés rencontrées actuellement pour le LHC du CERN peuvent nous ramener rapidement sur le terrain financier, ainsi que l’abandon du projet américain du SSC, comme nous le rappelions dans le billet Le déclin des accélérateurs de particules américains.
«En clair, l’astronomie moderne serait devenue une véritable “machine à prouver le big bang”, broyant sur son passage toutes les observations, toutes les hypothèses qui n’abondent pas dans son sens».
Ce point de vue n’est pas tout à fait dénué de sens, il nous faudrait prendre un cours The Big Bang Economics 101 pour disposer de toutes les sources d’informations pertinentes à ce sujet.
Cette fameuse lettre ouverte – An Open Letter to the Scientific Community, comporte des éléments de réponse à ce débat. Serge Brunier résume très bien son message, qui en substance, reposerait sur ce constat : «Comment ne pas s’étonner que nos théories ne soient pas aussi achevées, puisqu’aucun moyen ne nous est accordé.»
Des propos continuant de faire écho dans un billet venant tout juste d’être publié le 15 mai dans la revue Forum de l’Université de Montréal – Le big-bang implose-t-il? – le professeur Robert Lamontagne commente aussi à sa façon cet article.
«Le ton accusateur de la lettre nous en apprend plus sur la sociologie que sur la physique. En sciences, le fardeau de la preuve appartient à ceux qui proposent de nouveaux modèles. On est prêts à abandonner le big bang si l’on nous apporte une meilleure théorie, mais les autres modèles ne convainquent pas l’ensemble des quelque 10 ou 20 000 astrophysiciens.»
Il fait notamment remarquer que les signataires ne sont pas les astrophysiciens les plus jeunes, mais une génération un peu plus âgée, qui se réfugieraient alors dans leur propre paradigme de recherche, en quelque sorte.
Le professeur Lamontagne, de son côté, est bien de notre temps en tenant un blogue où il accueillera avec plaisir des commentaires sur cette lutte idéologique. Son billet – La théorie du Big-Bang est-elle contestée? – expose très bien les enjeux et est une belle invitation pour les francophones à prendre connaissance du débat, puisque l’univers scientifique francophone occupe insuffisamment d’espace dans la blogosphère.
Au moment de commenter son billet, cette question épineuse soulevée par cette fameuse lettre, une bulle contemporaine pourrait-on dire, n’avait pas suffisamment attirée mon attention.
Le progrès des sciences repose sur la succession infinie de révolutions scientifiques, et à coup d’expériences, d’essais et d’erreurs, non seulement notre connaissance sur l’Univers évolue-t-elle, mais parallèlement les représentations que nous nous en faisons. Quelques soient les percées scientifiques, elles suivent toujours le chemin ardu des révolutions scientifiques, comme l’expose brillamment Thomas Kuhn, un Sénèque moderne, dans La structure des révolutions scientifiques.
«Si la science est une constellation de faits, de théories et de méthodes accessibles dans des textes courants, alors les scientifiques sont ceux qui contribuent, avec ou sans succès, à l’un ou l’autre des éléments de cette constellation. [...] Soucieux du développement des sciences, deux tâches incombent à l’historien des sciences. D’une main, il doit déterminer par quel homme et à quel moment chaque fait scientifique, loi et théorie contemporaine ont été découverts ou inventés. De l’autre, il doit décrire et expliquer les accumulations d’erreurs, de mythes et de superstitions ayant empêché une constitution plus rapide des éléments du texte scientifique moderne. Beaucoup de recherches se sont tournées vers ces deux extrémités, et il en reste encore.»
Thomas Kuhn
The Structure of Scientific Revolutions. Second Edition. The University of Chicago Press. 1970.
En traduction libre – voir Apostile II
Le doute méthodique doit donc rester présent à notre esprit, en dépit des combats idéologiques auxquels il est impossible d’échapper. La théorie du big bang ne peut qu’être soumise à la critique, comme toute théorie scientifique : elle fait partie prenante de l’histoire des sciences, mais celle qui est à venir.
Il serait trop facile de céder à l’esprit de conspiration et de dénoncer, par des manifestes sur le Web, l’ostracisme de théories dominantes. La science ne peut pas avancer à coup de pétitions. Certes, les changements de paradigmes, historiquement, ont été parfois douloureux, suffit-il de penser à la révolution copernicienne. Il faut aussi garder à vue que d’autres révolutions sont à venir, la science n’étant pas une oeuvre achevée.
Les questions auxquelles nous répondrons dans le prochain siècle généreront probablement à leur tour de nouvelles questions, qui prendront plusieurs siècles de plus à résoudre. Lorsque le LHC du CERN sera opérationnel, quelles surprises nous attendent ?
De surcroît, quelles nouvelles questions, que nous ne connaissons encore, seront alors dévoilées au moment où la première collision de hadrons aura lieu dans ce grand cerceau de 27 kilomètres; ou encore lorsque le téléscope Hubble sera remplacé par le James Webb ?
La théorie du big bang est pour le moment une des plus cohérentes à date; en tant que chercheur autodidacte, je me conforte de la maxime de ce blogue, au cas ou l’Univers aurait un début… perspective confortable qui n’infirme, ni ne confirme, sinon cette modeste présence sur un billet, pour partager mon étonnement et surtout le bonheur d’être en mesure d’exister par le doute.
Ce blogue ne manquera jamais de sujets pour l’alimenter, semble-t-il !
Je doute, donc suis-je ?
APOSTILLE I
2006-05-20

En ce temps-là, le néant n’existait pas, ni l’être.
L’air n’existait pas, ni les cieux qui sont au-delà.
Qu’est-ce qui l’enveloppait? Où était-il? Sous la garde de qui?
Y avait-il de l’eau cosmique, aux profondeurs insondables?
Mais qui le sait et qui pourrait affirmer
D’où tout cela provenait et comment advint la Création?
Les dieux même sont postérieurs à la Création,
Qui donc sait vraiment d’où elle a surgi?
Rig-Veda, X, 129
Cette magnifique illustration, semblant sortie tout droit de la Légende des Mille et une nuit, devrait nous rappeler momentanément que notre regard cosmologique ne doit pas se tourner uniquement sur les objets de la science, lorsqu’on tente de réfléchir aux différents phénomènes à travers lesquels se manifestent la présence de l’Univers. La pensée orientale contribue également à nous éclairer de perspectives devant contribuer à l’approfondissement de notre réflexion. Elle doit s’intégrer à toute démarche visant une meilleure compréhension de cet objet d’admiration que constitue en soi l’Univers.
Ainsi, un article de Sudhanva Deshpande, du Courier de l’UNESCO, pose une question qui s’inscrit tout à fait dans l’optique de la maxime du blogue : Et si le monde n’avait pas eu de commencement ? Le dossier complet Il était une fois la création, offre une réflexion élargie sur toutes les questions inhérentes à la Cosmologie, et il est fort à souhaiter que ce dossier ne disparaisse pas de vue, étant donné qu’il a été publié en 2001.
Cette autre facette cosmologique ne doit pas être évacuée, car la démarche philosophique est aussi un aspect important de cette quête de sens que chacun et chacune de nous effectuons, à notre manière. Il faut s’attendre que cet autre versant de la réflexion cosmologique fasse désormais partie de ce blogue, afin de rétablir un certain équilibre entre la démarche scientifique et la démarche philosophique.
APOSTILLE II
2006-06-08
La recherche personnelle – ou scientifique – est parfois parsemée d’embûches ou d’heureuses coïncidences; aujourd’hui, ce fut le second cas. En entrant dans une librairie d’occasion, et en engageant la conversation avec un étudiant – type planétaire – parcourant un rayon des sciences, un heureux échange de propos nous a permis de partager des intérêts communs. Saluations donc, Leonnard – il faut dire Lennard, pas de «o» …
Nous avons pu notamment revenir sur le fait que la cosmologie est avant tout, en termes anthropologiques, un système de représentations. La trame narrative du roman cosmogonique est définitivement celle du roman, pour revenir à Foulatier, une fois de plus !
Elle a été agrémentée de plus par une trouvaille inattendue – un livre que je ne cherchais pas – à ce moment je me dis c’est lui qui me cherchait - la traducton de The Structure of Scientific Revolutions, à un prix ridicule.
Cela m’a permis de constater que j’étais inexpérimenté pour rendre justement l’esprit d’un texte dans une autre langue. On le constatera ici, grâce au travail de traduction; le nom du traducteur ne figure pas à l’ouvrage – dommage – mais est au crédit des Éditions Flammarion.
Reprenons cette citation :
«Si la science est l’ensemble des faits, théories et méthodes rassemblés dans les ouvrages courants, alors les savants sont les hommes qui, avec ou sans succès, se sont efforcés d’ajouter tel ou tel élément à cet ensemble particulier. [...] Face au développement scientifique, l’historien semble avoir deux tâches principales : d’une part, déterminer par quel homme et à quel moment chaque fait scientifique, loi ou théorie scientifique a été découvert ou inventé; d’autre part, décrire et expliquer les masses d’erreurs, de mythes et de superstitions qui ont freiné l’accumulation des éléments constituant la doctrine scientifique moderne. De nombreuses recherches ont été et sont encores orientées dans ce sens».
Niveau 201 | Bibliothèque de signets | Exposition | Version
Univers Stationnaire | Physique théorique | Big Banq | Unification | Cosmologie quantique | Multivers | Théorie des cordes | Univers Cyclique | Cosmologie Orientale
L’âge d’or des sciences arabes - l’institut du Monde Arabe – voilà donc une perspective différente à contempler!