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Le dernier billet se terminait par ces questions :

  • Comment s’articulent entre elles ces trois perspectives cosmologiques ?
  • Comment peuvent-elles nous aider, malgré un regard radicalement différent sur l’histoire de notre Univers, à établir si nous calculons mieux que L’Univers ? 
  • Rappelons qu’il s’agit de cosmologie computationnelle, cosmologie quantique, et cosmologie spéculative.

    Comme le sujet est vaste, nous allons retenir uniquement le premier volet : la route vers la cosmolologie computationnelle, à travers nos systèmes de représentations.

    La cosmologie comme système de représentations

    La cosmologie, même à titre de science «exacte», peut être considérée comme un système de représentations. Elle nous renvoie d’hypothétiques images des débuts de l’Univers, auparavant sous forme de mythes et de légendes, maintenant sous forme de représentations picturales.

    Tous les récits cosmologiques demandent en quelque sorte une mise en ordre de l’Univers, à travers les créations scientifiques et artistiques des Humains. Nous les classerons provisoirement dans 3 Ordres différents.

    1. L’Ordre séculaire des mythes et des légendes

    Historiquement, nous pourrions préciser que nos représentations se sont d’abord inscrites dans l’Ordre des mythes et légendes. Ce sont surtout les traditions orales qui ont enrichi le patrimoine des interrogations de l’Humain à propos des origines de l’Univers.

    Le site Cosmobranche est un très bel exemple de la palette qui peut être couverte lorsque la cosmologie est abordée dans cette perspective. Une visite nous fait comprendre que cette perspective mériterait d’être développée longuement, car c’est en somme la préhistoire de la cosmologie moderne.

    Même si nous ne les mentionnons que brièvement, conservons un vif intérêt pour ces représentations, car elles sont indissociables de l’ensemble des représentations de l’Univers; dans perspective anthropologique, elles font partie de nos modèles intérieurs de la réalité. Avis donc aux passionnés, beaucoup de sites nous renseignant sur les différentes formes de mythologie cosmologique peuvent être explorés dans ce domaine; la Cosmologie Inuit serait un exemple très intéressant, pour sortir des sentiers battus.

    2. L’Ordre des images d’Épinal

    Ensuite, nos représentations, autant individuelles que collectives, se sont hissées dans l’Ordre pictural, qui pourrait sommairement se découper en trois types de représentations :

    • En premier, nous célébrons encore aujourd’hui ces magnifiques illustrations datant de l’époque de la calligraphie et de la peinture, des œuvres picturales telles qu’on peut en retrouver dans la magnifique exposition virtuelle Le ciel et la Terre, de la BNF. Ces représentations sont sorties tout droit de l’imaginaire humain, sans nécessairement reposer sur des observations scientifiques, dans les premières époques.
    • On passera ensuite des plaques photographiques des télescopes, sépia du début du siècle, aux chatoyantes images de Hubble. Ces représentations nous semblent tellement plus réalistes, étant donné qu’elles ont issues des traces lumineuses, imprégnant des matériaux photosensibles, tels que la pellicule ou les photocapteurs numériques, similaires à ceux dans nos appareils photo numérique. Une parenthèse sur la couleur de l’Univers avait d’ailleurs déjà été ouverte dans un billet précédent : « L’Univers : Vert ou beige ? ».
    • Finalement, nous voilà rendus férus d’images produites à l’aide de systèmes de génération d’images par ordinateur (CGI), qui sont le résultat de simulations informatiques permettant de reproduire «fidèlement» ce que nous croyons être des séquences fondatrices de l’Univers. C’est le point sur lequel nous devons réellement porter notre attention, afin de mesurer le glissement de sens que les recherches scientifiques introduisent dans notre perception. Nous y reviendrons de manière plus détaillée.

    3. L’Ordre du Spectacle

    Ne nous y trompons pas, maintenant, il y a un nouveau glissement subtil des discours narratifs et picturaux qui s’effectue au niveau de nos interprétations du roman cosmogonique. Ce n’est pas seulement au niveau des connaissances scientifiques que cela se produit, mais aussi au niveau de nos imageries mentales.

    Comme si cette mutation des représentations n’était pas suffisante, la création de L’Univers n’est plus ce drame cosmique devant lequel nous nous sommes agenouillés pendant des siècles, baignés dans un mystère qui semblait inaccessible à la raison humaine. Non, bien calés dans nos fauteuils, dans nos salons assombris et devant nos grands écrans de télé LCD ou plasma – ils le sont de plus en plus d’ailleurs. Nous n’avons peut-être pas pris conscience, en bout de piste, que nous venons de franchir une nouvelle frontière dans notre perception : nos représentations cosmologiques s’inscrivent dans un nouvel Ordre, propre à notre civilisation contemporaine : l’Ordre du Spectacle

    Plus besoin de sortir sous la voûte étoilée, que nous voyons d’ailleurs de moins en moins dans nos cités modernes. Vous avez sans doute manifesté un certain intérêt à la cosmologie, en acceptant de parcourir ce billet, au lieu de passer la soirée sous les étoiles. Et alors ? L’Univers s’offre d’ailleurs beaucoup mieux en spectacle sur le Web, l’auteur de ce blogue en est une manifestation, parcourant site après site et se faisant inviter aux représentations les plus chatoyantes !

    Vous êtes-vous déjà procuré ou loué un vidéodisque, pour assister au spectacle de la création de l’Univers ? Bien possible que vous ayez déjà vu la série Cosmos de Carl Sagan, The Elegant Universe de Brian Green ou Stephen Hawking’s Universe.

    En plus, attendez vous impatiemment la prochaine version de nouvelles séries, encore mieux conçues graphiquement, sur un support Bluray ou HD DVD, en haute définition et en  format panoramique 16:9 ? Vous venez sans doute de comprendre alors que le roman cosmogonique s’inscrit véritablement dans l’Ordre du spectacle et que ceci n’est pas une élucubration théorique.

    Non seulement notre manière de comprendre l’histoire de l’Univers est-elle en train de subir une mutation profonde, à la lumière des recherches des astronomes et des astrophysiciens. Notre manière de raconter ce vaste roman-feuilleton est en pleine mutation technologique. L’histoire de l’Univers subit donc une double mutation : une conséquente aux incessantes percées scientifiques, une autre conséquente au développement des moyens audio-visuels.

    Se pourrait-il alors que la cosmologie soit même en train de s’adapter à l’air du temps, à notre époque de convergence numérique ? Existe-t-il une cosmologie numérique ?

    Ces questions ouvrent la porte du prochain billet sur ce thème.

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    Sytème de représentation

    Illustration : Simulations Take Us Inside The Mind Of Einstein. Section Visuals and Telecon.