En coiffant ce billet d’une belle illustration tirée d’un article de Futura-Science, nous pourrions nous contenter d’être un simple perroquet de l’actualité scientifique, si aucune perspective supplémentaire n’y est apportée. Cette actualité regorge d’ailleurs de nouvelles sensationnelles, dont l’optimisme presque délirant suscité par des technologies avant-gardistes prometteuses. Elles sont la manifestation des grandes prouesses de l’ingéniosité humaine pour résoudre les problèmes que nous nous créons souvent nous-mêmes. Cela nous éloigne de certains enjeux essentiels auxquels il nous semble difficile de ne pas revenir, de temps à autre.

En présentant différentes facettes de notre émerveillement devant l’Univers, il semblera parfois que l’intérêt porté aux lointains horizons des phénomènes astronomiques, ou aux grandes questions cosmologiques, est une diversion, sinon une évasion. On pourrait nous croire plus proche de l’esthétisme – l’Univers est beau et merveilleux – que du pragmatisme. La gestion des enjeux inhérents à la gestion des énergies disponibles sur le vaisseau Planète Terre - concept Spaceship Earth, promulgué par Buckminster Fuller – aboutit souvent au constat que nous sommes en pleine crise énergétique. Mais le sommes-nous vraiment ?

L’énergie solaire nous semble remplie de ses promesses, nous permettant de puiser dans une ressource accessible à tous, gratuitement. En contrepartie, jusqu’à quel prix sommes-nous prêts à payer pour en tirer bénéfice ? Cet exemple est un prétexte soulever les difficultés inhérentes à la gestion de notre portefeuille énergétique.

La présentation audiovisuelle du projet est à couper le souffle. On veut nous faire rêver un peu. On remarquera surtout, en plus du défi technologique posé par la construction d’une telle tour, qu’une partie de la vidéo promotionnelle suggère ce nouvel objet de curiosité comme une attraction touristique. Constatez de vous même, si vous n’avez pas encore eu la curiosité de cliquer sur l’image en ouvrant ce billet !

Ce n’est pas un mal en soi; juste un léger paradoxe, léger malaise, d’imaginer tant d’efforts investis pour accéder à une énergie propre, mais simultanément une affluence de touristes, venant s’émerveiller devant ce prodige technologique, contribuant de ce fait à une nouvelle dépense énergétique. Mince pourcentage ? Peut-être… Dans l’éventualité où un village de la province de Ciudad Real possèdera une tour solaire de 750 mètres, quel seront les impacts de cette installation sur la vie actuelle de ses habitants ?

La gestion des différents types d’énergie utilisés pour habiter la planète Terre est inadéquate cependant, malgré notre bonne volonté. De tels projets sont louables, certes… alimenter 120 000 personnes, pour 40 MW, énergie équivalente à 140 000 barils de pétrole, et évitant l’émission de 78 000 tonnes de dioxine de carbone, le tout pour un coût initial de 240 millions d’euros. Mais il faudrait faire ici une équation coûts bénéfices. Pour les lecteurs possédant suffisamment de connaissances dans ce domaine, ne pas hésiter à commenter.

C’est quand même un bel exercice d’ingénierie, mais comment ce projet se compare-t-il avec l’efficacité d’autres types d’énergie, au fait ?

Notre portefeuille énergétique

Ajoutons donc une question : avons-nous vraiment une perspective élargie de la gestion de l’énergie de notre planète ? En fait, sommes-nous des gérants d’estrade, sans vision à long terme, nous laissant emporter par les idéologies des gouvernements consommateurs de taxes et des entreprises consommatrices de revenus ?

Un célèbre ingénieur a déjà réfléchi à cela; parfois, il semble qu’il n’a pas encore été tout à fait compris. Nous ne méditons pas assez à sa contribution.

« Le compte des revenus en énergies cosmiques de l’Humanité consiste essentiellement de la gravité et des étoiles (99% solaire) distribuées sous forme de dividendes cosmiques d’hydro énergie, de force des marées et des vagues, d’énergie éolienne, d’alcools produits par les végétaux, de méthane, du volcanisme et ainsi de suite. Le taux actuel de consommation n’est égal qu’à un quatre millionième de un pourcent du taux de revenu énergétique.

Les gouvernements assoiffés de taxes et les entreprises assoiffées de profits, pour le moment, éprouvent une insurmontable difficulté de ne pouvoir installer des compteurs entre l’Humanité et ce revenu en énergies cosmiques, et ainsi ne font rien de réaliste pour aider l’Humanité à profiter de ce capital énergétique [...].»

R. Buckminster Fuller
Critical Path. St-Martins Press. 1981.
en traduction libre

Et Buckminster Fuller développe longuement sur ce sujet, dans son essai remarquable. Quelle est donc cette crise d’énergie, quelle crise ?

Peut-être aurons-nous le temps d’y penser un peu, alors qu’au États-Unis seulement, dans les années 80, selon lui, 24 heures sur 24, jour après jour, année après année, une moyenne de 2 millions d’automobilistes sont immobilisés sur des feux rouges, totalisant une énergie qui serait équivalente à 200 millions de chevaux qui sautent et sautent sans aller nulle part ! Voila une belle image !

Ce billet sera sans doute perçu avec un certain cynisme, comme un empêchement de tourner en rond, mais au contraire, il est un appel à réfléchir sur des questions fondamentales. Nous devons aborder la gestion de l’énergie dans une perspective la plus large possible. Il faut certes orienter notre réflexion sur l’identification de nouvelles technologies, pour bénéficier des énergies nouvelles. Mail il faut surtout changer de paradigme au niveau de notre consommation.

Bien des efforts seront requis, en nous demandant s’il est nécessaire de toujours nous déplacer pour aller travailler, alors que le réseau informatique planétaire nous permet de le faire chez soi, de voyager dans d’immenses avions qui creusent l’atmosphère d’irréparables sillons d’émanations destructrices. Tout autre moyen permettant de diminuer notre dépense énergétique est à identifier. C’est une des parties importantes de l’équation qu’il nous faut aussi tenter résoudre.

Le marché de l’énergie est vaste. Les coûts associés à notre dépense énergétique sont de plus en plus élevés, dans la mesure où nous devons payer de plus en plus pour disposer de moins en moins d’énergie. Alors, quelles sont les autres solutions ?

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