juin 2006


BBC News AMT-1 
Monolith in Magnuson Park: Who planted it?

Tout a été dit sur AMT-1 ? 

La semaine durant, le travail professionnel nous absorbe; il reste heureusement les samedis et dimanches pour fouiller allègrement sur le Web, voulant étendre la collection de signets de la bibliothèque et souhaitant enfin avoir repéré l’essentiel, alors qu’une surprise nous attend au détour. C’est ce qui s’est produit le dimanche 18 juin, en ce qui concerne ce présent billet.

Disons que dès ce moment, deux choix s’offrent à nous. On veut conserver jalousement l’information pour en profiter pour soi, même s’en délecter, s’imaginant enfin détenir un secret qui nous est propre, une espèce d’égoïsme que la plupart des internautes doivent éprouver à certains moments, j’en suis convaincu. Ou bien, on désire alors partager le plus rapidement cette découverte accidentelle ou prodigieuse pour étonner et surprendre nos lecteurs et lectrices, avec une espèce de petite fierté presque malsaine en nous disant : «comme je suis perspicace et persistant… je trouve vraiment l’inhabituel sur le web». Peu importe notre choix, on sait très bien que tout finit par se savoir, alors à quoi bon vouloir garder les choses pour soi ?

Comme la tétralogie 2001-3001 de Arthur C. Clarke est abondamment référencée sur le Web, il est assez facile de se perdre dans le labyrinthe de références. En contrepartie, chaque site offrant des renvois vers d’autres sites, comme un jeu de perles de verres se renvoyant les images les unes aux autres, formant un anneau web (webring) dans lequel nous pourrions être condamnés à tournoyer sans fin, nous pensons momentanément que nous sommes rendus à la fin du cercle.

Pourtant, précisément à ce moment, accidentellement, on aboutit sur une nouvelle information que nous n’attendions pas, un entrefilet, une nouvelle heureusement encore archivée parmi tant d’autres qui disparaissent. Il semble alors qu’on vient de trouver momentanément une nouvelle piste de réflexion, une perspective différente qui permettra un nouvel éclairage sur un thème qui retient notre attention.

On résiste mal au danger de disparition de la référence à tout jamais de ce renvoi, où on vient enfin de trouver une information qui est presque inédite… et parfois, hélas, on aboutit à une page d’erreur http devant laquelle on doit fait le pied de nez, devant un néant virtuel nous obligeant à un silence qui demeurera à tout jamais le signe d’une disparition incontrôlable.

Dans ces circonstances on tente alors désespérément de sauvegarder ce qui est reste, pour la postérité, au moins sauvegarder les images dans une archive ou les pages résiduelles sous forme d’un fichier PDF. Ainsi, aujourd’hui, je me prépare à ramener en surface un événement qui pourrait être tout à fait banal, un événement au début de ce nouveau millénaire, commencé le 1er janvier 2001 au lieu du premier janvier 2000 – et Dieu sait s’il y a eu des débats à ce sujet.

Retour sur 2001 en 2001

AMT-1 LostUne icône cinématographique marquait le début de ce millénaire – 2001 Odyssée de l’espace – film que tant de cinéphiles ont vu et qui les a plongés dans un état réflexif, et – je le répète encore – qui n’a vraiment pas été compris parce que peu de lecteurs ont eu le courage de se taper la tétralogie complète 2001-3001. Pourtant, je persiste et signe, insistant à nouveau que cette œuvre phare devrait continuer à nous faire réfléchir sur la place de l’Intelligence dans l’Univers. Rien de moins.

Un fait divers, survenu en janvier 2001, nous le rappelle : la disparition d’une réplique du monolithe 2001 d’un parc de Seattle. Et comme cet événement pourrait se classer définitivement sous la bannière d’un fait divers, on lui attache peu d’importance. Le risque de disparition des articles et photos qui en restent est probablement beaucoup plus élevé que pour pour les informations détenant un statut de référence permanente. Je m’affaire donc à recueillir ces informations et à en faire un bilan.

Pour le moment, une conclusion provisoire fait surface : Un groupe d’ artistes fait apparaître une réplique du monolithe AMT-1 dans un parc de Seattle, aux États-Unis; mais il disparaît aussi rapidement,  ce qui manifesterait probablement le refus d’une communauté citadine de voir trôner au milieu d’un parc un symbole incongru et incompréhensible. À la limite, si ce monolithe AMT-1, évoque la présence d’une autre forme d’intelligence dans la mémoire collective des cinéphiles kubrickiens ou des amateurs de la prose spéculative clarkienne; valait mieux le gommer, le rayer, le faire disparaître. Même si ce monolithe est une création imaginaire, sa présence semble effrayer, on dira ce qu’on en voudra.

Afin de suivre l’évolution de cette investigation personnelle, vous pourrez consulter le signet AMT-1 dans la bibliothèque. La liste va s’allonger petit à petit; dans quelques semaines, si tout va bien, pourrai-je alors élaborer un peu plus sur cette malheureuse disparition; encore plus sur la symbolique tout à fait exceptionnelle de ce monolithe, sur laquelle on peut s’appuyer pour réfléchir différemment sur la place de l’Intelligence dans l’Univers.

Un nouveau germe dans l’imaginaire Humain

Même si dans la cosmologie spéculative clarkienne, les Créateurs sont à la source de ce monolithe, qui dit que nous ne pourrions être nous même un jour les créateur d’un tel monolithe ?

Il pourrait alors être envoyé vers de lointaines destinations, pour faire part de notre présence. Nous verrrons que la technologie sur laquelle repose ce monolithe est très impressionnante. Si vous croyez encore qu’il s’agit d’un simple monolithe dans le sens traditionnel, vous devrez peut-être refaire vos devoir – cela dit simplement sous le ton d’une moquerie sympathique – resortez votre ruban VHS ou votre DVD 2010, évaluez ce qui se passe en banlieue de Jupiter, alors que le monolithe commence à se répliquer presque à l’infini.  Clarke, sans le savoir, ou au contraire le sachant très bien, attribuant à d’autres Créateurs la confection d’ un tel monolithe, implante dans l’imaginaire humain une recette de l’ultime machine à explorer l’Univers. Pas pour demain, ni après-demain, mais dans un demain éloigné mais non impossible. Nous ne serons probablement pas là pour voir une telle création, mais son germe est déjà présent. Jules Verne nous avait déjà suggéré un voyage dans la lune, gardons-ceci en mémoire…

Qu’en retenez-vous ?

Niveau 201 | Bibliothèque de signets | Sources

AMT-1 | 2001-3001

Illustrations

Apostille

  • Si des lecteurs ou lectrices sont au fait d’autres sources intéressantes sur cet incident ou d’articles de fond sur AMT-1, ce serait généreux de votre part d’en faire mention en commentaire, en vous remerciant à l’avance.

Blogosphère STOP.jpg 
Mention Blogosphère STOP !!! pour le site www.worldjumpday.org

Tiens tiens ! Voilà qu'on tente de mettre à profit l'énergie cinétique déployée par 600 millions d'Humains sautant simultanément à la même heure, le 20 juillet prochain, pour potentiellement changer l'orbite de la planète !

L'objectif de cette opération serait de tenter de régler les problèmes climatiques. Un premier mot vient ici à l'esprit : scepticisme. Un second : mauvaise science. Et tiens, pourquoi pas un troisième : Supercherie !

Croirez vous que plus de 570 millions de personnes sont inscrites à cet événement ? Si quelqu'un est ferré dans les statistiques de fréquentation d'un site WEB, il pourra sans doute trouver assez facilement si ce site a été visité autant de fois. Imaginez, sur 1 an, cela prend au moins 1,5 millions de visites par jour…

Cependant… en s'étonnant !

Blogosphère GO.jpg
Mention Blogosphère GO !!! pour le blogue Paul Boulanger

Ce qui est encore plus étonnant, en effectuant une recherche sur Internet, combinant "World Jump Day" et Scepticisme, on trouve peu d'informations crédibles, sinon une seule page aujourd'hui, celle d'un étudiant québécois qui se donne la peine d'expliquer cette supercherie scientifique, dans un billet intitulé Mort au supercheries I.

Paul Boulanger a le mérite d'appeler un chat un chat.

Félicitations à ce jeune étudiant donc !

Niveau 201 | Bibliothèque de signets

Scepticisme | Canular | Blogue scientifique

Apostille

  • L'esthétisme du logo du site World Jump Day est certes attirant, mais en examinant de près le contenu du site, on constate que c'est la seule chose attrayante…

 

Un autre mois vient de nous filer entre les doigts… l’avez-vous déjà oublié ?

Des centaines de titres rebondissent dans un lecteur de nouvelles RSS, pendant un si court laps de temps. Comment ne pas croupir sous un tel amas d’informations ? Lorsque vient le temps de déterminer ce qui a vraiment retenu notre attention, sans souffrir du syndrome information anxiety, il faut être un peu plus circonspect. Vous avez sans doute parcouru bien des revues, des journaux, été fidèles à vos actualités télévisées quotidiennes. Pouvez-vous croire que l’actualité scientifique a aussi été riche en événements, qui vous ont probablement échappé…

En s’en tenant aux thèmes principaux de ce blogue, il faut faire l’exercice suivant : qu’ai-je appris, est-ce que cela m’a surpris et est-ce ç’est intéressant ? Trois premiers filtres s’interposent entre l’actualité scientifique, l’auteur du blogue et son public.

UNIVERS PHYSIQUE

  • ÉTONNANT : De nouveaux matériaux aux propriétés étonnantes offrent des possibilités pour le moins inusitées : les méta-matériaux. La cape invisible d’Harry Potter serait loin d’être une idée fantaisiste. On pourra peut-être s’en revêtir un jour, si on se fie aux informations parues à date. En fait, les scientifiques désirent pousser leur recherche pour développer des matériaux réfractant la lumière et rendant leur porteur invisible. Si vous désirez vous cacher du fisc…
  • NOUVEAUX VOISINS : Nous pensons toujours bien connaître notre voisinage galactique, comme si rien ne pouvait plus être découvert, parfois. Chaque mois, pourtant, de nouveaux objets célestes sont repérés encore, comme un mini système solaire à 40 années-lumière de la Terre, dans la constellation de la Poupe.
  • OUF ! : Nos voisins peuvent parfois aboutir, en catastrophe, sur notre surface – écrasements de météorites ou de corps célestes – ou encore nous y échappons de justesse. La encore, ces phénomènes peuvent défrayer la chronique. Ainsi, en mai, il semblerait que nous ayons eu beaucoup de chance, puisque la comète SW3 se désintègre à proximité de la Terre. «Depuis 200 ans, seules deux comètes sont passées plus près de la Terre que cette fois, rappelle Jacques Crovisier. Et l’une d’elles était déjà SW3, lors de sa découverte en 1930». Cette fois c’est une dernière visite.
  • WOW ! : Nous avons échappé de justesse à SW3, mais pas à un autre… avec un peu de retard - 145 millions d’années – on vient de découvrir le cratère de Morokweng en Afrique du Sud. Et ce sont des chercheurs de l’UQAC qui ont découvert un astéroïde caché, un fragment intact sous forme d’étoile, de 25 cm de diamètre.
  • VRAIMENT ? : Pour reprendre intégralement un commentaire dans un article publié par Futura-Science : «Jusque là, on croyait que les jets de matière envoyés en continu dans l’espace, à une vitesse proche de celle de la lumière, étaient la propriété exclusive des trous noirs. Or, le télescope spatial Spitzer vient de prouver que certaines étoiles à neutrons en sont tout aussi capables…». Mais voila, cette nouvelle pourrait sembler un peu gonflée, d’après certaines observations dans un forum de discussion attaché à cet article. Est-ce donc vraiment une nouvelle ? Ceci nous indique bien que pour chaque nouvelle pourrait être recherchée une contre-nouvelle… prudence qui s’impose toujours !
  • 3D ou 4D ? : Autre bouleversement théorique en vue dans les théories cosmologiques, des scientifiques tenteraient de détecter une quatrième dimension spatiale dans l’Univers, ce qui viendrait altérer la théorie de la relativité générale de Einstein. Disons que la palmarès des théories cosmologiques est aussi toujours en évolution, et même si le Big Bang tient la première position depuis plusieurs décennies, il n’est pas dit qu’un jour nous n’en parlerons plus comme d’un ancien succès. C’est un autre secteur de recherche qui est toujours plein de rebondissements ! Et pour rester dans la même veine, en jouant à enrichissez votre vocabulaire, comme dans le Sélection du Readers Digest, vous pourrez désormais parler aussi du Big Bounce pour faire allusion à la cosmologie de type Univers cyclique !
  • SI PETIT ! : Si nous quittons le vaste, l’immense, qui ne cesse de nous étonner, pourquoi ne pas considérer aussi l’infime, le nanomonde, celui des fractales, où on vient de découvrir une molécule fractale qui bat tous les records. Un lecteur ou un lectrice éclairée à ce sujet pourra peut-être nous éclairer sur les conséquences de cette découverte qui semble aussi étonnante.

UNIVERS ÉNERGÉTIQUE

Le billet Tour solaire de 750 mètres… exposait les aléas de la gestion de l’énergie; on a constaté que la crise énergétique était notre propre création. Mais dans tous les secteurs de la gestion d’énergie, l’énergie nucléaire cause bien des controverses. L’énergie fossile, gérée par des pétrolières multimilliardaires de profit, cause un tort presque irréparable à notre planète. Mais si nous réussissons à enfin surseoir son réchauffement, désirons-nous vivre dans des décombres et des déchets nucléaires ? Ce ne serait guère mieux… Le film An Inconvenient Truth, inspiré du livre de Al Gore nous le rappelle aussi !

  • DÉSESPÉRANT : Tchernobyl – vingt ans après – un procès en France inculpant l’ancien responsable du Service central de protection contre les rayonnements ionisants. Cet accident nucléaire laisse un goût amer sur les dangers de l’utilisation incontrôlée de l’énergie nucléaire. Malgré toutes les mesures de sécurité qu’on tente d’instaurer pour utiliser prudemment cette énergie, le pire est toujours à craindre, semble-t-il. Dérapage sur dérapage, en fait. Nous devons focaliser sur des énergies sans impacts catastrophiques sur l’environnement, comme l’énergie solaire ou l’énergie éolienne.
  • DÉSESPÉRANT : Dans la même veine, le futur réacteur nucléaire ITER semble sur le voie de se concrétiser. Selon les partisans de ce projet, il s’agit d’un réacteur expérimental : «l’énergie qu’il produira ne sera pas consommée. Le but du projet est de reproduire la fusion, la réaction qui intervient au cœur du soleil et des autres étoiles. Objectif : produire une énergie plus «propre» et «illimitée» » Pour le moment, ce projet doit être examiné avec circonspection en considérant quels risques y sont associés.
  • DÉSESPÉRANT : Le gaspil d’énergie, encore une fois : 150 milliards de mètres cubes gaspillés par an. Imaginez, petit exercice de calcul… maintenant, représentez vous un réservoir cubique de 5,3 kilomètres de coté qu’il faudrait construire pour contenir tout ce carburant… vraiment, on ne gaspille pas !

UNIVERS BLOGOSPHÉRIQUE

  • EN PLUS : La nouvelle génération du Web, baptisée WEB 2.0. Les internautes sont maintenant aux commandes, avec toutes sortes de nouvelles solutions destinées à travailler de façon collaborative, en communauté. Ces outils de partage de l’information sont bien décrits dans un dossier très fouillé dans le Journal du Net d’ailleurs. Il y a beaucoup d’écrits à ce sujet, mais le dossier présenté par Le Journal du Net a la vertu de brosser rapidement un tableau des enjeux essentiels. Et au nombre de billets se publiant quotidiennement sur la blogosphère, les gens vont y consacrer de plus en plus de temps. Les médias traditionnels vont en souffrir. Les communautés d’intérêt seront un facteur important de transformations sociales dans les prochaines années, nul doute là-dessus.
  • EN MOINS : La censure et la neutralité de l’Internet. Google surtout forcé de s’adapter à l’environnement politique de la Chine. Et les grandes compagnies de communication qui voudraient imposer un tarif aux grands fournisseurs d’information. Ce thème fait donc partie des éléments à surveiller. Sans neutralité sur Internet, le rêve de la blogosphère en prend un peu pour son rhume, cependant.

UNIVERS CYBERNÉTIQUE

  • ENCOURAGEANT : Dans le domaine cybernétique, il semble y avoir de plus en plus d’intérêt pour la vision artificielle, afin que les personnes souffrant de déficiences visuelles puissent retrouver la vue. Voilà des nouvelles qui dénotent un impact concret de la recherche scientifique, alors qu’on reproche souvent à la science d’opérer dans de nébuleux et obscurs domaines de recherche. Mais la vision n’est qu’un des cinq sens à surveiller dans le développement des nouvelles technologies cybernétiques. Odorat, toucher, ouie, parole sont autant de thèmes à explorer.
  • INQUIÉTANT ? : Ce blogue comportant une série de billets sur la cybernétique, nous entretenant de robots, n’oublions pas que le prochain pas à franchir, à ce niveau, en plus des recherches sur l’intelligence artificielle, est celui de l’apparence. De robot, nous passons à un autre terme : androïde. En fait, ce terme est utilisé pour les robots à apparence humaine. Et ils nous ressembleront de plus en plus, à en croire Hiroshi Ishiguro. Le contrôle de l’apparence fait aussi partie de l’équation Humain / Robots… pourrons-nous un jour arriver à une apparence si réelle qu’elle nous piègera ? Une réflexion à ce sujet s’impose de plus en plus. Selon lui, d’ailleurs, “L’apparence est très importante pour avoir de meilleures relations interpersonnelles avec un robot.” Et il renchérit en affirmant que les “robots sont des media d’information, particulièrement les robots humanoïdes. Leur rôle principal dans notre futur est d’interagir naturellement avec les personnes.” Cessons donc de penser que ce thème relève de la science fiction. Nous sommes aujourd’hui même plongés au coeur du problème éthique de relation avec les androïdes. Cessons de nous fermer les yeux sur cette réalité émergente.

ENTREFILET SCIENTIFIC AMERICAN

Un entrefilet intéressant, pour qui serait en panne d’inspiration au moment de prendre une décision. Au fait, notre cerveau travaille, même lorsqu’on croit ne pas travailler. Au matin, si vous vous levez avec de nouvelles idées, vous êtes vous déjà posé la question : Pourquoi ? Les informations que nous traitons pendant le jour se réorganisent pendant la nuit. Ce dicton, dormez là-dessus, est maintanant justifié. Des recherches un peu plus poussées semblent en plus démontrer un fait nouveau :

  • Dormez là-dessus : les sujets considérant une décision complexe, qui se sont divertis à l’aide de puzzles, ont fait plus de choix satisfaisants que ceux qui ont délibéré sans interruption. Évidemment, l’inconscient remanie mieux l’information, sans être baisé. Science. 17 février.

C’était donc quelques raisons pour ne pas oublier ce mois de mai. En juillet, nous reviendrons sur juin, bien sûr ! Même si tout va si vite dans l’actualité scientifique, il faut prendre le temps de digérer, d’assimiler. Quelques semaines de retard ne font pas beaucoup de différence. Comme ce blogue est écrit dans des temps libres, on comprendra qu’il faut respirer un peu, car il y a aussi le boulot qui occupe !

Niveau 201 | Bibliothèque de signets | Référence

L’actualité retenue pour mai 2006 | Météorite Impact | Androïde

Illustration | Une autre belle représentation graphique d’un espace Calabi-Yau… tirée de Wikipédia; nous reviendrons un jour sur le sujet, mais de mois en mois, une belle illustration nous sort des sentiers battus !

Blogosphère GO !!!

Mention Blogosphère GO !!! pour l'Office québécois de la langue française 

Nous pouvons forger un nouveau mot, individuellement ou collectivement; nous pouvons tenter d'établir un consensus sur son bon usage; nous pouvons aussi faire appel à des terminologues pour les faire approuver. Cette transition de l'invention à l'usage commun, de nos jours, peut s'effectuer rapidement à travers une enfilade de commentaires sur la blogosphère, accompagnée de quelques échanges de courriels. Merveilleux de constater comment, d'un commun accord, nous pouvons faire évoluer notre langue, qui est loin d'être morte ou en péril.

Résultat : une fiche sur la folksonomie s'ajoutera au Grand dictionnaire terminologique de l'Office québécois de la langue française qui consacre l'usage de ce terme.

Nous attribuons donc notre Bannière blogosphère GO à l'OQLF aujourd'hui !

Courriel reçu jeudi le 15 juin, de la part de l'équipe d'@ssisterme de l'OQLF

Compte tenu du nombre de demandes à traiter, de la pertinence de votre question au regard de nos objectifs et de l’intérêt qu’elle présentait pour l’enrichissement du Grand dictionnaire terminologique, nous avons rédigé la fiche terminologique reproduite ci-dessous. Bien que vous ne fassiez pas partie des groupes d’usagers à qui le service d’assistance terminologique est réservé, nous avons le plaisir de vous la faire parvenir.

Domaine générique : informatique
Domaine spécifique : Internet
Terme anglais : folksonomy
Terme français : folksonomie n. f.
Termes non retenus :

  1. socionomie
  2. peuplonomie
  3. populonomie
  4. personomie
  5. potonomie

Définition : Système de classification collaborative et spontanée de contenus Internet, basé sur l'attribution de mots-clés librement choisis par des utilisateurs non spécialistes, qui favorise le partage de ressources et permet d'améliorer la recherche d'information.

Notes

  1. À l'inverse des systèmes hiérarchiques de classification (faite par des experts), les contributeurs d'une folksonomie (des internautes, de simples utilisateurs) ne sont pas forcés d'utiliser une terminologie prédéfinie, mais peuvent librement choisir les termes (catégories thématiques) pour classifier leurs ressources. Ces termes sont souvent appelés mots-clés, descripteurs ou étiquettes (tags, en anglais).
  2. Il existe de nombreux sites Web qui exploitent la folksonomie pour le partage de ressources, comme des photos, des images vidéo, des pages Web, des signets, etc.
  3. La folksonomie permet notamment de classer les billets publiés dans les blogues.
  4. Le terme anglais folksonomy est un mot-valise issu de la contraction de folks (les gens) et de taxonomy (classification hiérarchisée). L'adaptation française de ce terme est folksonomie.
  5. En plus du terme folksonomie, on rencontre dans Internet plusieurs autres équivalents pour désigner cette notion en français : socionomie (socio-, de social, société, ce mot aurait un sens différent), peuplonomie (peuplo-, préfixe français inexistant; mot non transparent), populonomie (de populo, populace « bas peuple », connotation péjorative), personomie (de personne, manque de précision) et potonomie (de pote « ami », mot familier, non pertinent dans le contexte). Cependant, ces derniers, très peu attestés, n'ont pas été retenus, car ils constituent, à notre avis, des tentatives de francisation peu satisfaisantes sur le plan terminologique et viennent concurrencer inutilement le terme folksonomie, déjà largement utilisé.

Sincères salutations.

L’équipe d’@ssisterme
Office québécois de la langue française

Remerciements

Dans les minutes suivant la réception de ce message, j'ai bien sûr remercié l'équipe à l'origine de cette recherche

Je vous remercie infiniment pour avoir créé cette fiche terminologique.

Comme un billet a déjà été publié sur un blogue réputé, afin de suivre ce sujet spécifiquement, je vais passer cette information à son auteur. Mais je vais avant tout rédiger un billet dans mon blogue, en rendant hommage au travail de l'OQLF et bien sûr rajouter un renvoi approprié à votre Grand dictionnaire terminologique que j'utlise plusieurs fois par semaine – souffrant parfois d'angoisse sémantique, cet outil nous guérit facilement !

Je vous tiens au courant de sa publication, soyez en assurés. Je vous félicite vraiment d'avoir pris le temps de traiter cette demande et je suis agréablement surpris.

Avouons que ce terme n'est pas d'un usage très courant, mais je m'engage à diffuser cette information pour que vous puissiez au moins bénéficier d'un retour sur votre investissement.

Alors, voilà, vous savez maintenant ce qu'est la folksonomie, un des fruits du Web 2.0 !

Niveau 201 | Bibliothèque de signets

Folksonomie | Web 2.0

1. RÉFLÉCHIR AU FUTUR
Une forme de cosmologie spéculative

« À présent, dans les étoiles, l’évolution poursuivait de nouveaux buts. Depuis longtemps, les premiers explorateurs de la Terre avaient atteint la limite de la chair : dès que leurs machines furent supérieures à leur corps, il émigrèrent. Ils transférèrent d’abord leur cerveau, puis leurs pensées seules, dans des nouveaux abris de métal et de gemme dans lesquels ils parcoururent la Galaxie. Ils ne construirent plus de vaisseaux spatiaux. Ils étaient eux-mêmes des vaisseaux spatiaux.

Pourtant, l’âge des Entités-machines fut bref. Au cours de leurs incessantes expériences, ils avaient appris à emmagasiner le savoir dans la structure de l’espace, et à préserver leurs pensées pour l’éternité dans des treillages gelés de lumière. »

Arthur. C. Clarke
Prologue Les premier-nés
3001 : L’odyssée finale

L’âge des entités-machines fut bref ? Ah, comme cela nous pousse si loin devant, à travers une espèce de vision semblant tout à fait utopique, où nos pensées humaines pourraient quitter notre substrat biologique. Après avoir été transférées en première étape dans des entités machines, et finalement détachées de celle-ci, pour ne demeurer que sous forme d’entités-esprit qui hanteraient l’Univers, il pourrait ne plus y avoir aucune trace d’existence humaine préalable à la limite, mais la conscience serait alors répandue dans l’Univers.

Votre première pensée : «Ce blogue vient de prendre un virage vers la science-fiction». Sans avis préalable ? Non, pas tout à fait.

Au contraire, vous pourrez constater que ce qui est communément appelé science-fiction peut aussi être traité très sérieusement, à titre de d’outil de science-spéculative, comme un levier sur lequel on s’appuie pour explorer l’état actuel des sciences et établir si une connexion plausible peut être établie entre ce qui est proposé par des auteurs réputés et ce qui se produit dans le monde de la science-réelle. Donc, effectuons un glissement progressif du fictif vers le spéculatif et aboutissons dans le réel ! Préparez-vous à un itinéraire inhabituel où vous devrez sortir des sentiers battus.

Cet exergue de Clarke où il est question d’entités-machines peut sembler incongrue, alors que cette série de billets se tourne vers une réflexion sur la cybernétique. Bon nombre d’essais d’interprétation spéculent sur le sens véritable de 2001 Odyssée de l’espace; mais notre attention n’est pas souvent attirée vers le cycle complet, la tétralogie 2001-3001, nous faisant passer à côté de l’essentiel de son propos, pourtant : la place de l’intelligence dans l’Univers.

L’attention des critiques est plutôt portée sur les sombres motifs sous-jacents au mystérieux attentat perpétré contre l’équipage du vaisseau en route vers Jupiter, suite à la découverte d’un étrange monolithe sur la Lune. HAL, en tant qu’être doué d’intelligence artificielle, porte en lui le germe d’une révolte induite par son obligation de mentir (note 1) à l’équipage en leur cachant les motifs véritables de la mission, notamment : première perte de contrôle sur une création de l’Humain.

Mais peu d’attention est portée sur un second drame, cette soudaine multiplication du monolithe, par autoréplication, en accord avec des concepts énoncés par Von Neumann. Ce second événement marquant est aussi éludé, sinon occulté, et peu de gens peuvent en saisir le sens véritable. En fait, ce pourrait être la conséquence d’une multiplication insensée de machines intelligentes, ou à la limite de nanocréatures : seconde perte de contrôle sur une création de l’Humain.

Une grande leçon devrait être tirée de cette oeuvre, qui pourrait se résumer ainsi : elle est un avertissement précurseur des conséquences ultimes du développement de l’intelligence artificielle; plus particulièrement en parallèle avec l’émergence d’un paradigme émergent que nous explorerons un peu plus loin : la singularité.

Pourquoi donc projeter notre réflexion si loin alors que le développement de l’intelligence artificielle est encore dans son enfance ? Et que diable penser d’un potentielle migration de l’intelligence humaine vers des machines, à la limite dans le tissu énergétique même de l’Univers ? On peut répondre à ces deux questions très rationnellement et de manière très intelligible.

Après avoir accepté d’exposer le point de vue naïf d’un étudiant en anthropologie, rédigé en 1985, rappelons que nous avions terminé le billet précédent de cette série en nous posant des questions qui pourraient être d’un caractère inquiétant :

  • Faut-il vraiment craindre notre perte du contrôle sur les machines – nos propres créatures – et continuer à être vigilants ?
  • Cette attitude est-elle excessive ?
  • Les Humains sont-il en danger ?

2. 2006 À 2026
Un second exercice

Comme dans le billet précédent de cette série, nous reconduisons un autre exercice 20 ans plus tard – aujourd’hui en 2006 – et nous demandons ce qui se produirait sur un horizon de 20 ans en avant nous menant jusqu’en 2026 - encore loin de 3001, admettons; mais nous désirons tout de même nous y risquer. Les éléments d’analyse de ce billet nous situent donc au milieu d’une fenêtre de 40 ans d’histoire humaine, qui se terminerait lorsque l’auteur de ce blogue aurait 73 ans ! Y serons-nous, espérons, pour conduire un troisième exercice !

Un changement de paradigme majeur est en vue, s’aperçoit-on, en pénétrant dans le monde fascinant et inquiétant à la fois que nous propose un des auteurs les plus brillants de notre génération, Ray Kurzweil. Une fois que vous aurez pris connaissance des implications de son propos, vous relirez l’exergue de Clarke dans un tout autre esprit, dans une toute autre perspective.

Ray Kurzweil, auteur de l’essai The Age of Spiritual Machines, vient de commettre un nouvel essai, une brique de près de 650 pages, qui est tout à fait dans la lignée de l’avant-garde : The Singularity is Near, sous-titrée When Humans Transcend Biology.

Tenter de résumer brièvement un essai de cette nature est un défi, puisque la densité de son propos est sans équivoque : passer à travers un tel ouvrage d’érudition nécessite un effort intellectuel qui peut s’étendre sur plusieurs semaines, sinon plusieurs mois. Mais comme dans la plupart des essais bien structurés, on peut toujours localiser en introduction une synthèse, un tableau où l’essentiel est résumé.

Dès lors, en prenant connaissance de ce cadre analytique, on constate immédiatement le mûrissement des propos de Kurzweil, depuis son ouvrage précédent. Cette maturation aboutit à une typologie spécifique qui deviendra probablement une source de référence permettant de classifier les étapes de l’évolution humaine, à l’aide d’une nouveau paradigme éclairant : les six époques vers la Singularité.

3. SIX ÉPOQUES VERS LA SINGULARITÉ
Rencontrons Ray Kurzweil

Ray KurzweilEn toile de fond, Kurzweil a établi dans son essai précédent un cadre d’analyse postulant que l’évolution technologique est une courbe exponentielle, avec certaines similitudes à la loi de Moore qui est cependant linéaire. Pour en connaître d’avantage à ce propos, une excellente recension de ce livre expose les grandes lignes de cette loi du retour accéléré, dans la revue en ligne Automates Intelligents. Inutile de reprendre ce qui est déjà bien fait !

En s’appuyant sur ses trois lois du développement accéléré, Kurzweil nous entraîne maintenant dans une révision de l’histoire de l’Humanité, mais en utilisant une approche tout à fait prospectiviste. Il redessine donc notre parcours en six époques distinctes, séparées chacune par une période de transition constituant en quelque sorte une fenêtre d”opportunité pour des développements technologiques, à partir du physique jusqu’à l’électronique :

  1. Physique et Chimie : Cette période se caractérise par le stockage des informations dans les structures atomiques – elle est suivie par l’évolution de l’ADN;
  2. Biologie : Suite à la période de transition précédente, le stockage des informations se fait maintenant dans l’ADN – cette époque est suivie par l’évolution du cerveau;
  3. Cerveaux : Maintenant, nous avons atteint le stockage de l’information dans les constellations de connections neuronales – cette période laisse place ensuite à l’évolution technologique, produit de l’activité intellectuelle;
  4. Technologies : Nous voilà donc aujourd’hui, bénéficiant du stockage de l’information sur des plateformes matérielles et logicielles – il ne nous resterait ensuite qu’à atteindre une maîtrise technologique des  méthodes biologiques (incluant l’intelligence humaine) pour passer à l’époque suivante;
  5. Fusion des Technologies et Intelligence Humaine : nous voilà ayant franchi un premier pas dans le futur puisque nous pourrions alors bénéficier des méthodes de la biologie (incluant l’intelligence humaine) intégrées dans la base technologique humaine (en expansion exponentielle) – cette époque serait alors suivie dune vaste expansion de l’intelligence humaine (à prédominance non biologique) qui se répandrait à travers l’Univers;
  6. Éveil de l’Univers : Nous voilà donc à l’époque ultime de ces projections dans le futur, où des matrices de matière et d’énergie dans l’Univers deviennent saturées de processus intelligents et de connaissance. Ce serait alors une époque où le support de l’intelligence ne repose plus sur des substrats biologiques, où l’identité humaine pourrait subir de grandes mutations.

L’enchaînement de ces 6 époques nous mène tout droit à la Singularité, ce nouveau paradigme dont nous entendrons parler de plus en plus; en fait, la singularité marque un espèce de point de non retour où l’intelligence humaine est dépassée. Il est même parfois difficile d’imaginer ce que des entités plus intelligentes pourront alors concevoir, en risquant de provoquer une accélération sans précédent de l’Histoire.

Cette singularité débuterait donc à l’époque 5; à l’époque 6, l’intelligence ou la conscience pourrait alors se répandre très rapidement dans le reste de l’Univers. Voilà donc un sommaire syncopé certes, mais qui permet déjà de relire l’exergue de Clarke avec une nouvelle paire de lunettes. Tentez maintenant l’expérience, à la lumière de ce qui vient d’être dit. Si vous comprenez différemment cette citation, le premier objectif de lecture vient d’être franchi !

Pour toute personne familière avec The Age of Spiritual Machine, ce raisonnement paraîtra presque naturel. Sinon, il faut connaître un peu plus les a priori de Kurzweil pour saisir de quelle manière il perçoit l’évolution des machines douées d’intelligence artificielle.

Histoire de remettre en perspective les conséquences de l’évolution de l’intelligence artificielle, en fouillant dans mes archives personnelles de correspondance, avec un ami partageant des intérêts similaires à l’époque, je repère un cadre de recherche sommaire posant alors une séries de questions recoupant celles couvertes par Kurzweil, mais dans une approche moins technologique. Avouons qu’à ce moment déjà, j’avais déjà plongé le nez dans l’ouvrage de Kurzweil.

Pour rester fidèle à cette habitude de revenir en arrière sur une réflexion, et par honnêteté intellectuelle, comme pour le billet précédent, acceptons ces propos intégralement, sans modification – on verra bien si cela tient encore !

4. CYBERNÉTIQUE OU CYBERNÉTHIQUE
Cadre de recherche de novembre 2003

  • Une observation attentive de la société ambiante laisse percevoir que le développement des sciences du traitement de l’information conduit lentement, et probablement très sûrement, au développement de l’IA, l’intelligence artificielle, communément considérée comme un point ultime de l’évolution des machines à traitement de l’information.
  • Est-ce utopique ou mythologique de croire que ce genre de machine puisse atteindre dans un futur plus ou moins éloigné les capacités de l’intelligence humaine ? Probablement pas. Difficile de renier que ces rêves (ou cauchemars) habitant aujourd’hui nos consciences individuelles et collectives risquent fort bien de se produire, la pensée humaine ayant permis, plus souvent qu’autrement, de faire en sorte que la réalité dépasse la fiction.
  • Croyons-nous que ce qui peut sembler pour le moment être une phase ultime du développement des capacités de traitement de l’information ne peut être qu’un point de chute pour une révolution plus grande encore ?
  • On peut aisément imaginer le début d’un autre cycle de l’histoire humaine, où les capacités de l’intelligence humaine peuvent non seulement être atteintes, mais dépassées jusqu’à ce point que les «machines intelligentes» soient tellement plus intelligentes, a fortiori, qu’elles progressent encore plus rapidement dans l’évolution des connaissances que l’humain n’a pu jamais le faire. Serions-nous en mesure alors de nous adapter à ces progrès, d’autant plus que nous pourrions alors devenir asservis aux capacités excessives de ce «monstre» sur lequel nous avons perdu le contrôle ?
  • À même titre que ces rêves (ou cauchemars) habitant aujourd’hui nos consciences individuelles et collectives risquent fort bien de se produire, comme nous l’avons posé précédemment, ces rêves ou cauchemars qui habiteraient celles des machines pourraient aussi se réaliser et donner à l’histoire un tournant tout à fait (in)prévisible. Ce ne serait plus alors uniquement l’histoire de l’humanité et l’histoire de son évolution. L’histoire se produirait aussi en dehors du contrôle exercé par les humains sur le déroulement des événements.
  • Cela peut-il aller jusqu’à l’anéantissement des humains, voire à leur oubli, étape ultime où les machines nous gommeraient définitivement de leurs mémoires, pour elles-mêmes s’inventer leur propre mythologie, leur propre genèse ?
  • Voulons-nous éviter cela ? Que pouvons-nous y faire ? Devons-nous déjà prévoir quelles mesures prendre ? Devons-nous nous inspirer des lois de la robotique, embryon de code de comportement, et envisager de placer un cadre normatif pour exercer un contrôle sur le développement des sciences de l’information afin d’éviter péril en la demeure ? Bref, devons-nous ajouter une dimension supplémentaire à la cybernétique et considérer qu’un éthique de nos relations avec les machines soit aussi nécessaire pour éviter d’être dépassés par notre propre création, en perte de contrôle ? Nous sommes des apprentis sorciers, après tout. En conséquence, est-ce vain de réfléchir à tout cela ?»

Avouons, après avoir collé ce texte à partir d’un document datant de novembre 2003, que certains des arguments, mis en évidence aujourd’hui en italiques, peuvent nous faire descendre des sueurs froides dans le dos. Ces questions doivent cependant être maintenues; elles peuvent aisément s’inscrire dans l’Arbre des possibles, pour paraphraser l’oeuvre de Werber.

Parenthèse qui se doit : Ce site inspiré de l’oeuvre de Werber mérite d’être consulté pour qui veut explorer le monde des possibles, notamment la Carte des futurs, même si cela pouvait conduire à des utopies. La partie de la carte qui couvrirait le mieux la portée de l’oeuvre de Kurzweil serait celle portant sur les avancées technologiques suivantes : maîtrise du cerveau, bionique et intelligence artificielle.

Même si les scénarios qui y sont couverts ne sont pas tous rédigés par des scientifiques, il y a la matière à réflexion pour bien des approches. Il serait souhaitable que certains lecteurs, maintenant avisés de l’existence de cet arbre expérimental, entrent en contact avec des scientifiques de leur réseau, pour continuer le développement des scénarios y proposés.

5. UN DES PÈRES DE LA SINGULARITÉ
Rencontrons S. Yudkowsky

Eliezer S. YudkowskyAu hasard des promenades sur la blogosphère, est apparue cette traduction d’un essai de S. Yudkowsky, un des textes fondateurs décrivant un phénomène unique : la Singularité, dont les origines remontent déjà à une dizaine d’années.

Ce texte fondateur, maintenant publié par les Éditions Hache, soutient en fait l’oeuvre de Kurzweil. Intitulée Scruter la Singularité. En plus, elle nous réfère directement au texte original en anglais, intitulé Straring into the Singularity, pour ceux ou celles qui voudraient y accéder directement.

Cette traduction, repérée fin mai 2006, tombait à pic, puisque la grosse brique de Kurzweil venait tout juste d’atterrir dans ma bibliothèque personnelle, à côté de The Age of the Spiritual Machines. Cet auteur est radical : il déclare carrément la fin de l’Histoire, telle que nous la connaisssons. Selon lui :

  • L’Histoire a commencé il y a trois milliards et demi d’années dans une flaque de boue, quand une molécule a fait une copie d’elle-même et est ainsi devenue l’ancêtre ultime de toute vie terrestre.
  • Elle a commencé il y a quatre millions d’années, quand les volumes cérébraux se sont mis à augmenter rapidement dans la lignée des Hominidés.
  • Il y a cinquante mille ans avec l’émergence d’Homo sapiens sapiens.
  • Il y a dix mille ans avec l’invention de la civilisation.
  • Il y a cinq cents ans avec l’invention de l’imprimerie.
  • Il y a cinquante ans avec l’invention de l’ordinateur.
  • Dans moins de trente ans, elle finira.

Radical, n’est-ce pas ? Pourtant, on reconnaît ici immédiatement la loi du retour accéléré de Kurzweil, comme si elle était appliquée cette fois ci à l’Histoire entière de l’Humanité, une espèce de loi de Moore de l’évolution de l’intelligence humaine qui aboutit à l’invention de l’intelligence artificielle, qui à un moment donné dépasse l’intelligence humaine. Et c’est au moment où les capacités de l’intelligence artificielle dépassent celles de l’intelligence humaine qu’on atteint la singularité, qui définit un changement radical de paradigme dans notre manière de penser, qui sera altérée par la présence d’une intelligence potentiellement supérieure. Point de rupture à considérer comme irréversible. À ce moment, selon Yudkowsky, «le monde dépassera notre compréhension».

On reconnaît également, en toile de fond, à travers cette trame historique qui s’accélère, un découpage similaire aux six époques, et comme élément important marquant le passage d’une étape à l’autre un changement de paradigme dans le traitement des informations.

Mais comment peut-on définir rapidement un monde qui dépasse notre compréhension, avec une image qui résume bien le propos ? Yudkowsky cite Larry Niven, dans la section 2.4. Cette analogie illustre très bien le problème de l’incompréhension.

Le plus grand défi pour un écrivain est un personnage plus intelligent que l’auteur. Ça n’est pas impossible. Des problèmes que l’auteur prend des mois à résoudre, ou à concevoir, le personnage peut les résoudre en un instant. Mais Dieu vienne en aide à l’écrivain si son personnage anormalement intelligent se trompe !

Larry Niven

Voilà que le problème est assez bien cerné, en effet. Comment pourrais-je écrire des dialogues pour un personnage plus intelligent que moi ? De manière corollaire, comment pouvons-nous imaginer ce que des machines plus intelligentes peuvent concevoir comme solutions technologiques, par exemple ? Pensez juste un peu au problème nanotechnologique de l’autoréplication ou des machines qui fabriquent des machines. Voilà, vous pensez aux films I Robot, La Matrice ou Artificial Intelligence, maintenant ? Quelles belles pistes à explorer aussi, à titre spéculatif !

Mais Yudkowsky, de manière similaire à Kurzweil, va encore plus loin dans son texte. Une fois qu’il a abordé ce phénomène de singularité, il aborde un autre thème qui nous rapproche de la réflexion de Arthur C. Clarke et des entités-machines : l’upload de l’intelligence humaine dans des machines. C’est le transfert de l’intelligence d’un individu qui peut survivre à son décès. Nous voilà dans le thème Cerveau dans la cuvette. Ce thème est cher à Douglas Hofstadter et Daniel Dennet, très bien développé dans leur essai Vues de l’esprit. Lire tout particulièrement le Chapitre 13 – Où suis-je ? – où le cerveau de l’auteur est hébergé dans une cuve. Pour vous mettre en appétit :

Et pendant que je retrouvais mon équilibre et mon son froid, je me dis : « Je suis assis ici, sur une chaise pliante, en train de regarder mon cerveau à travers un vitre… Mais au fait, m’interrompis-je, n’aurais-je pas du penser : “Me voici, flottant sur un liquide en ébullition, dévisagé par mes propres yeux ?” » J’essayai de penser cette deuxième pensée, j’essayai de la projeter dans la cuve, comme pour la tendre à mon cerveau, mais je ne réussis pas à effectuer cet exercice avec une conviction suffisante.

Daniel Dennett
Où suis-je ?
VUES DE L’ESRIT
Fantaisies et réflexions sur l’âme
Douglas Hofstadter et Daniel Dennett

On reconnaît donc ici des thème importants de réflexions sous-jacents au développement de l’intelligence artificielle : Qu’est que la conscience, qu’est-ce que la pensée, comment puis-je réfléchir à ce qu’est réfléchir ? Beaucoup de portes doivent maintenant commencer à s’ouvrir dans votre esprit singulier…

Le texte de Yudkowsky est donc un élément essentiel de compréhension du paradigme de la singularité. La version anglaise offre un avantage supplémentaire : elle est parsemée d’hyperliens conduisant vers d’autres sites permettant d’approfondir certains concepts clés; en fait, ce texte devrait être considéré comme incontournable, touffu d’idées nouvelles, même au niveau des mathématiques où on y explore même un système de numération alternatif pour mieux établir des ordres de grandeur et mieux comprendre la loi du retour accéléré. 

Mais toutes ces spéculations nous placent dans quel état d’esprit ? Comment la recherche scientifique pourrait-elle nous mener vers de tels résultats, qui nous semblent si improbables ? Quelle courant idéologique soutient toute cette pensée techno-scientifique ? Voilà, comme nous traitons de cybernétique, de cette relation Humains / Machines, nous atteignons une frontière encore plus étrange, post-cybernétique pourrait-on dire : le Transhumanisme, fondée sur des principes énoncés pas un autre avant-gardiste : Max Moore.

6. LIFTING SÉMANTIQUE CHEZ LES EXTROPIENS
Rencontrons Max Moore

Max MooreEn parcourant le texte Yudkowsky sur le site Transition, dont la facture visuelle est exceptionnellement sobre – qualité – nous aboutissons aussi dans le circuit transhumaniste – ou extropien – ce qui invite à une grande ouverture d’esprit, même si cette école de pensée peut soulever bien des remous.

Max Moore, fondateur du courant de pensée extropien, nous confronte à un terme qui pourrait aussi s’inscrire dans la galaxie de la singularité et du transhumanisme. Beau mélange, n’est-ce pas ? Le Extropy Institute a été fondé en 1991. Il se prétend une organisation éducative à but non lucratif. Pour y faire référence, j’avais aussi conservé une copie des principes extropiens dans un cartable de notes personnelles, à la même époque qu’a été rédigé le cadre de recherche présenté ci haut. Je n’ai jamais eu l’occasion d’explorer à fond les concepts y étant énoncés. Pourtant, en abordant l’essai de Kurzweil, et en constatant comment l’essai de Yudkowsky nous y conduit subtilement, il est tout à fait approprié d’effectuer un parallèle entre les concepts véhiculés par Kurzweil et ceux véhiculés par Moore, afin de nous faire un idée des idéologies sous-jacentes au développement potentiel des époques 5 et 6, proposées par Kurzweil.

Le terme extropien, espèce de néologisme près du barbarisme, faisait probablement soupçonner à bien des gens que d’étranges desseins puissent être sous-jacents à un tel terme, presque rébarbatif à première vue.

C’est probablement une des raisons pour lesquelles je n’y avais pas trop porté attention, depuis que je l’ai repéré, il y a quelques années. Mais en revenant sur le site, il semble qu’un lifting sémantique redonne un second souffle aux six concepts de Max Moore, qui les classe maintenant dans un nouveau paradigme coiffé de l’acronyme PP : Proactionary Principle – le principe proactif. Mais ce nouveau principe est aussi sous la plume de Max Moore, ce qui n’indique pas de rupture entre les anciens principes et les nouveaux semble-t-il.

Vous pourrez vous faire à l’idée en consultant aussi les six principes extropiens, qui se résumeraient ainsi:

  • Progrès perpétuel : Recherche de plus d’intelligence, de sagesse et d’efficacité, dans un cycle de vie prolongé, et suspension des limites politiques, culturelles, biologiques et psychologies freinant le développement continu.
  • Autotransformation : Affirmation d’un auto amélioration continue au niveau éthique, intellectuel et physique à travers une pensée critique et créative, dans l’apprentissage continu, la proactivité et l’expérimentation. Utilisation de la technologie pour atteindre ces fins;
  • Optimisme pratique : Induire les actions par des attentes positives;
  • Technologie intelligente : Concevoir et implanter des technologies non comme des fins en soi, mais comme des moyens d’améliorer la vie;
  • Société ouverte : Supporter un ordre social favorisant la liberté de communication et d’action, l’expérimentation, l’innovation, le questionnement et l’apprentissage;
  • Autogestion : valoriser la pensée autonome, la liberté individuelle, la responsabilité personnelle, l’autonomie, le respect de soi et parallèlement celui des autres;
  • Pensée rationnelle : Favoriser la raison au lieu de la foi aveugle et le questionnement au lieu du dogmatisme.

Bref, ce lifting sémantique, ce changement d’orientation, peu en importe les raisons connues ou inconnues, nous amène à considérer que la singularité ne peut pas être abordée sans un état d’esprit ouvert, comme le proposait Moore dans ses principes extropiens et comme il le propose maintenant dans ses principes proactifs. Notre destin individuel ou collectif s’inscrit dans l’évolution et le partage de nos pensées; impossible donc de faire abstraction des penseurs avant-gardistes, quelques soient nos craintes ou nos espérances devant le développement des technologies de l’information, qui convergent presque inévitablement vers le développement de l’intelligence artificielle.

Pour le moment, en transition, nous sommes déjà sur la voie du développement d’une nouvelle intelligence collective en utilisant tous ces nouveaux outils sur le Web 2.O qui n’en constituent pas moins une plateforme documentaire collaborative où de plus en plus d’Humains s’expriment et partagent des idées.

7. CONCLUSION
Peut-il y en avoir une véritablement ?

Après avoir brossé un tableau impressionniste qui présente une constellation de penseurs s’intéressant aux futurs possibles, en nous interrogeant sur les limites où pourrait nous conduire le développement extrême des technologies de l’information, menant à l’intelligence artificielle, il faut donc retenir que la pensée de Kurzweil est avant tout avant-gardiste.

Ce genre d’ouvrage n’est pas aisément abordable pour la plupart des gens – on pourrait postuler que sa brique doit figurer dans des ouvrages d’érudition et d’approfondissement, dans le même genre que Gödel Escher Bach de Douglas Hofstadter, qui prennent des mois et des mois à lentement digérer.

Oui, à bien y penser, avant-gardiste est vraiment le terme approprié !

Enfin, si on désirait aussi situer Kurzweil dans le courant de la modernité, on pourrait considérer ici, après une période intermédiaire – qu’on pourrait qualifier de cybernétique (passage obligé où la relation Humain / Machine se développe), que la prochaine période historique sera le produit de ce nouveau courant de pensée  qu’inaugure assez bien Kurzweil. C’est précisément le transhumanisme.

On comprendra aisément que ce type de recherche fait peut-être un peu peur au gens; la futurologie est souvent inquiétante. Cependant, nous pourrions conclure que ce nouveau courant, à explorer, s’inscrirait aussi comme une suite logique du courant Troisième Vague de Toffler. Ainsi, nous pénétrerions à ce moment dans une Quatrième Vague, en quelque sorte, passage du Cybernétique au Transhumain.

Mais cela se réalisera-t-il ?

Les enjeux éthiques soulevés par cette fusion Humains / Machine sont très complexes; nous avons déjà de la difficulté à gérer les biotechnologies et les nouvelles techniques de reproduction humaines.

Qu’en sera-t-il lorsque nous devrons nous interfacer avec l’intelligence artificielle, ou que des machines pourront contenir une extension de notre propre intelligence ? C’est la raison pour laquelle je maintiendrais que nous devrions de plus en plus avoir un courant de pensée cybernéthique qui doit émerger, en songeant à toutes les conséquences de cet amalgame de percées technologiques. Nous de pouvons plus désormais uniquement parler de cybernétique, dès aujourd’hui.

8. APOSTILLE 2006.10.20 – La conscience humaine n’est peut-être pas au centre de l’Univers

Dans la section D’autres formes de vie, du chapitre L’invisible et de le devenir de l’Univers, Trinh Xuan Thuan – La mélodie secrète -  fait une allusion intéressante à l’oeuvre de Freeman Dyson, méritant d’être soulignées ici. Elle s’inscrit parfaitement dans la lignée des propos d’Arthur C.  Clarke, exposant un point de vue novateur avec son concept d’entités esprit.

« Il adopte le point de vue optimiste (Dyson) selon lequel la survie de la conscience et de l’intelligence ne dépend pas d ela nature particulière du matérie qui leur sert de support, mais de la complexité de l’agencement de ce matériel. Ainsi, nul n’est besoin des hélices enchevêtrées des molécules organiques d’ADN pour fabriquer un cerveau. Un nuage de grains de poussière microscopiques (ceux qui pèsent moins de 20 microgrammes et qui ne pourront jamais s’effondrer en trous noirs)  ou, si le proton est instable, une nuée d’électrons et de positrons, avec une organisation sophistiquée, feront bien l’affaire ».

Le type de pensée que nous pouvons entretenir sur la nature de la conscience gagne à être élargi; notre paradigme de conceptualisation étendu. La conscience pourrait être autre chose qu’une émanation propre à des individus, ou à des personnes. Nous avons beaucoup de chemin à faire pour cerner ce qu’est véritablement la conscience dans l’Univers, et pourquoi pas la conscience de l’Univers.

Ne nous méprenons par les limites propres à la nôtre uniquement, dans une perspective purement antrhopocentrique. Comme la Terre a déjà été considérée comme le centre de l’Univers, les Humains ont été considérés, et sont encore considérés, comme le centre de la Conscience. Peut-être aurons-nous un jour à envisager le déplacement de ce centre !

Niveau 201 | Bibliothèque de signets | Notes | Illustration

Kurzweil | Yudkowsky | Max Moore | Clarke | Transhumanisme | Singularité | H2M | Futurologie | Informatique Futur | Intelligence artificielle

  1. Cette obligation de mentir cause un conflit dans la personnalité de HAL. La nature de ce conflit a déjà été exposée dans le billet précédent. En résumé, on pourrait se demander : Les ordinateurs peuvent-ils mentir ?

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Ce billet vous a intéressé ? Lisez toute la série Anthropologue recherche cybernéticen, en commençant par le bas !

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