
Soyons modestes, mais offrons-nous à la fois un petit vertige !
Une mappemonde miniature, rendant compte de la provenance des blogonautes, apparaît maintenant sur le pavé à droite de ce blogue. Amusant, n’est-ce pas ? Pourquoi vouloir connaître d’où nous viennent nos lecteurs et lectrices ?
Le fait de visualiser ces petits points rouges me procure cette illusion – oui illusion – que ce journal de recherche est maintenant lu un peu partout sur la planète. On comprendra que cette illusion plaisante ne devrait ni m’enfler la tête, ni me faire perdre la carte. Cela me fait plutôt succomber à la tentation d’exister – un peu plus – pour paraphraser le titre d’une oeuvre de Cioran.
J’ai toujours admiré le cynisme et la moquerie de ce philosophe, qui sait toujours nous rappeler à nous même et à nos propres incertitudes, dans des propos à la limite de l’outrecuidance :
« L’artiste moderne est un solitaire qui écrit pour lui-même ou pour un public pour lequel il n’a aucune idée précise. Lié à une époque, il s’efforce d’en exprimer les traits; mais cette époque est forcément sans visage. Il ignore à qui il s’adresse, il ne se représente pas son lecteur. Au XVIIème siècle et au suivant, l’écrivain avait en vue un cercle restreint dont il connaissait les exigences, le degré de finesse et d’acuité. Limité dans ses possibilités, il ne pouvait s’écarter des règles, réelles bien que non formulées, du goût. La censure des salons, plus sévère que celle des critiques d’aujourd’hui, permit l’éclosion de génies parfaits et mineurs, astreints à l’élégance, à la miniature et au fini ».
E.M. Cioran
La tentation d’exister
Gallimard, Collection TEL, page 131
Peut-on conclure, maintenant que nous sommes moins limités dans nos possibilités, que nous pouvons nous écarter allègrement des règles du goût et que nous verrons en conséquence l’éclosion de génies imparfaits et majeurs, qui n’ont plus besoin de l’élégance pour nous entretenir de l’immense ou de l’infini ?
Cette constellation de points, une miniature, nouvelle icône de l’âge de la convergence numérique, représente des lecteurs et lectrices pour le moment assez silencieux… Cela me réjouit et m’inquiète à la fois; lorsque je tenais mon journal de recherche en solitaire, dans mes premiers 36 cahiers comme j’ai du le répéter à maintes reprises, je n’éprouvais pas ce besoin de voir au dessus de mon épaule quelqu’un qui s’y penche pour commenter. Alors que maintenant sur la blogosphère, en traitant légèrement de sujets graves ou gravement de sujets légers, le blogomètre ou la provenance des blogonautes m’interpelle.
Il y a tout de même un petit quelque chose de rassurant : il semble qu’il y ait un certain intérêt pour les divagations prétendument scientifiques. Cela est une belle consolation !
Du côté de l’anecdote, un souvenir refait surface avec une certaine ambivalence, toutefois. Un instant de désespoir momentané, comme il nous arrive sans doute à tous. Je ne préfigurais pas à ce moment que ClustrMaps puisse un jour apparaître sur la droite de la page de mon journal de recherche !
C’est une petite histoire bien banale, démontrant sans doute une sensibilité excessive qui s’est transformée en sensiblerie. Il y a quelques années, je raccrochai la ligne au nez d’un ami, parce que nous étions en désaccord en plein milieu d’une discussion téléphonique qui s’enlisait. Occurrence de ce phénomène : une fois par dix ans, chez moi. Ce soir là, j’eus un étrange rêve. Je me surpris à survoler la Terre et à voir chaque conflit entre chaque personne comme une petite diode luminescente rouge. Et j’en vis une de plus clignotant parce que je venais de raccrocher la ligne au nez à un bon ami, qui est maintenant lecteur de ce blogue.
Une drôle de souvenir, non ? Pourtant, aujourd’hui, ces petits points rouges se sont transmutés positivement, grâce à la technologie. Et les blogonautes désirant voir apparaître cette mappemonde sur leur journal n’auront qu’à suivre le lien à droite. Très facile, quelques lignes de code à coller, simplement.
Et ceux qui voudront même ouvrir leur gousset pourront s’offrir un second niveau de zoom, à un prix presque ridicule !