Version 2 : révisée le 12 mai 2007
1. Rappel…
Le blogue univers zéro un a été jusqu’à ce jour un lieu de partage des carnets de notes et des recherches personnelles de l’auteur, et non un carnet quotidien visant à livrer uniquement de courtes impressions. Au lieu de garder ses notes pour lui, l’auteur les diffuse selon son humeur et sa disponibilité; il est occupé aussi à bien d’autres affaires…
Jusqu’à date, la cosmologie a été abordée sous son angle scientifique, afin de cerner les grandes questions théoriques, les enjeux cruciaux et les grands débats de fond en cours. Toutes ces perspectives contribuent à l’évolution de notre conception du cosmos, que se soit sur le plan individuel ou collectif. Même si la cosmologie scientifique bénéficie de nouvelles avancées périodiquement, ce premier cycle de lectures sur ce thème doit être considéré comme clos provisoirement. Certains articles seront révisés pendant la prochaine année, ainsi que les renvois associés dans la bibliothèque de signets. Considérez que certaines perspectives de la cosmologie scientifique n’ont pas été abordées; d’autres propositions de lecture sont en réserve… En parcourant le pavé à droite du blogue, vous pourrez retrouver, dans la section Thèmes de rédaction, une variété d’articles traitant des des question, enjeux et débats les plus intéressants, en plus de pouvoir accéder aux renvois contenus dans les articles et dans la bibliothèque partagée de signets.
Par exemple, la série récente d’articles sur la topologie cosmique, traitant des enjeux principaux dans ce domaines, tels que vus par Jean-Pierre Luminet, a été aussi inspirée des oeuvres de Salvador Dali, a permis de parcourir les premiers pas d’une transition du discours scientifique vers le discours artistique, histoire d’élargir les perspectives.
De nouvelles pistes s’ouvriront en abordant de nouveaux thèmes.
La cosmologie : des humains et des dieux, aussi !
La cosmologie scientifique n’est pas la seule perspective permettant d’interpréter les structures de l’Univers dans lequel nous habitons. Nous pouvons l’appréhender sous l’angle de la cosmologie symbolique. Les nombreuses théories cosmologiques, qu’elles soient d’ordre scientifique ou symbolique, s’inscrivent en quelque dans une vision plus large, anthropologiquement parlant : les systèmes de représentations de l’Univers.
La cosmologie est doc un point un point de vue, un concept, une vision du monde La cosmologie scientifique repose sur des observations instrumentales et sur des calculs mathématiques, tandis que la cosmologie symbolique fait appel à notre imagination et à notre capacité d’inventer des mythes et des rites.
Nos comportements quotidiens nous le rappellent : devant ce grand mystère du cosmos, ils sont conditionnés par une grande variété de systèmes de représentations auxquels nous nous référons. Ne serait-ce qu’en acceptant de se rendre à un observatoire pour regarder les étoiles à travers une lunette astronomique ou en choisissant à un autre moment de se rendre dans un oratoire ou un temple pour allumer un lampion ou un bâton d’encens, pour implorer ou honorer ces divinités qui nous sont inconnues et qui n’existent que le temps que nous y croyons, nos comportements varient en fonction de notre perception du moment; on pourrait croire qu’ils sont orientés, à partir du canal d’observation qui nous est particulier, les humains : notre conscience cosmologique.
2. Premier exemple : le cerveau, la machine à créer nos expériences de l’Univers
Cette conscience cosmologique peut par exemple nous conduire à des expériences qui ne s’inscrivent pas dans le monde rationnel où sont nécessaires les images, les représentations précises de phénomènes physiques ou les preuves mathématiques. Pour certains, ce serait se permettre de rentrer au vestibule de l’irrationnel ou de l’émotionnel simplement dit. C’est comme si on s’adresssait alors à notre cerveau mystique - pour paraphraser le titre d’un documentaire exceptionnel de l’ONF. Le cerveau nous conduirait alors sur un chemin étrange, né de notre besoin d’une expérience intérieure de l’Univers, ne reposant pas seulement sur notre raison mais aussi sur nos émotions. Que ce soit l’angoisse devant le vide sidéral ou l’émerveillement devant les splendeurs de la nature, il est impossible d’y demeurer insensible.
Ouvrez les robinets de votre douche, enclenchez le clapet dirigeant l’eau vers le pommeau et sentez que l’eau, ce coktail de molécules d’oxygène et d’hydrogène – dans une perspective scientifique – peut aussi être aussi perçue comme une espèce de bénédiction du ciel, un privilège et un rituel d’ablution quotidien vous dépouillant de vos impuretés. Voilà que nous nous retrouvons maintenant du côté de l’Univers symbolique, Non seulement serions-nous en présence d’un élément vital pour le corps et pour la vie, mais aussi d’un élément vital dans le monde symbolique, intégré à plusieurs mythes et rites.
Donc, on peut aborder et apprécier autant les vertus physiques que ses vertus symboliques de l’eau; cet élément du cosmos prend donc un sens différent selon l’angle dans lequel nous nous situons pour en goûter les vertus ! L’eau n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. On peu penser au bestaire des constellations, aux forces attribuées aux planètes et aux étoiles… la liste peut s’allonger, mais nous demeurons toujours dans le domaine de la cosmologie.
3. Pour un élargissement de la cosmologie
En adoptant une définition élargie, la cosmologie, dans les mots d’Aristide Quillet, serait « l’étude des lois de l’Univers ». Mais, dans un souci de précision, on pourrait considérer également que la cosmologie est aussi une métaphysique du monde, qui tenterait d’établir des fondements philosophiques à ces grandes lois. Quand nous désirons non seulement comprendre les lois de l’Univers, mais aussi ses origines, il est alors possible de parler de cosmogonie, qui pourrait aussi bien désigner un système «irrationnel (une vision mythologique)» (sic) qu’un système rationnel, scientifique.
Cette définition a pour conséquence d’expédier aussi les théories scientifiques des origines de l’Univers dans le champ de la métaphysique : tout phénomène non démontré scientifiquement, i.e. expérimentalement et hors de tout doute, demeurerait ainsi dans ce champ. On voit déjà ici une levée de boucliers, comme si les scientifiques étaient les uniques détenteurs du privilège d’établir le fondement des lois de l’Univers ! En parcourant les différents articles de ce blogue, vous pourrez pourtant constater que maintes propositions scientifiques sont indémontrables expérimentalement, que ce soit la topologie cosmique ou la théorie des cordes. Donc, sans prendre parti, et croyant fermement que les astrophysiciens font tout en leur pouvoir pour que leurs théories soient vérifiables, ne serait-il pas préférable dès lors de qualifier la cosmologie de deux épithètes : scientifique et symbolique?
Pourtant, les frontières entre la vision scientifique et la vision symbolique du cosmos sont parfois perméables, car elles nous placent devant une même question, mais avec nuance. Dans un cas comme dans l’autre, on se demanderait « qu’y avait-t-il avant le Big Bang » ou « Qu’y avait-il avant Dieu » ? Peu importe. Ou on pourrait choisir de répondre par une boutade, comme a choisi de le faire Albert Jacquard, inspiré de son essai La science pour les non-scientifique, en répondant humoristiquement dans une entrevue télévisée de l’émission Second Regard, de la société Radio-Canada : « Mais qu’y avait-il avant ? – Il n’y avait pas d’y avait ! » Une très belle ironie !
4. La cosmologie : des humains sans dieux, aussi !
Dans un monde post nietzschéen, où a été prononcée la mort de Dieu, tandis que les scientifiques nous exposent une vision instrumentale des multiples facettes de l’Univers, les musiciens peuvent aussi enrichir notre réflexion et nous confronter à des dilemmes intéressants. Et cette mort des dieux, telle qu’exprimée dans un opéra de Wagner, pourrait aussi nous amener à reconsidérer la position de la science, dans certains cas…
Pour revenir à cet exemple de l’eau nous lavant efficacement ou nous purifiant symboliquement, c’est qu’elle se (re)présente momentanément ou simultanément comme le résultat des forces cosmiques de l’Univers ou comme ou une offrande des dieux. Hélas, comme on peut le constater dans la tétralogie du Ring (L’anneau du Nibelung) de Richard Wagner, on peut être spectateur de la chute des dieux, si bien exposée dans le volet final du Götterdammerung… Ceci démontre assez bien que le germe de l’omnipotence contient aussi le germe de l’impuissance.
Notre monde moderne se tourne de plus en plus vers les perspectives scientifiques, pour «fabriquer» du sens, reléguant la magie au rang parfois de l’inculture et de la naïveté. Pourtant, même les dieux que nous personifions à travers tant de religons sont soumis à un ordre cosmique, un jeu de lois auxquels ils semblent être soumis eux aussi. Que ce soit les forces qui gouvernent la naissance des étoiles et leur mort – dont nous sommes finalement le produit – ou que ce soit les dieux qui agissent dans un monde idéal régi par ses propres lois, nous savons que lorsqu’un dieu dicte des lois d’un côté de son coeur et les transgresse de l’autre, il perd sa crédibilité devant le panthéon qui l’entoure.
Hélas, à ce moment, il commence ainsi à perdre la confiance des créatures qu’il a créées des ses propres mains afin de palier à ses propres erreurs de comportement; il perd aussi ses fidèles, qui cessent de le vénérer. Comme le rappelle si bien John Tomlinson, inteprétant Wotan dans la version Kupfer Barenboin du Ring, ce dieu puissant vénéré pendant des siècles par les peuples nordiques : « L’existence d’un dieu est très fragile; si les gens cessent d’y croire, il n’existe plus ». Une scène tout à fait spectaculaire de sa démission s’illlustre notamment parmi les moments les plus palpitants de cet opéra, dans la seconde partie, La Walkyrie.
Parallèlement, notre perception de la cosmologie scientifique est aussi soumise à un jeu de lois, selon que nous décidions de souscrire ou non au discours des scientifiques qui, à leur manière, aussi imaginent un ensemble de lois physiques qui peuvent ou non être transgressées afin de soutenir les différents modèles que nous tentons de déduire à partir de nos observations de l’Univers.
Les débats entre les théoriciens de la physique, sur la théorie des cordes, nous placent aussi devant des questions aussi épineuses que celles des dieux nous demandant d’être vénérés. La communauté scientifique vit autant de déchirements qu’entre les différents dieux des multiples panthéons foissonnant dans autant de religions.
Conditionnons-nous notre comportement individuel ou collectif en fonction des théories les plus probantes au niveau de la cosmologie scientifique ou nous comportons-nous encore comme des individus qui ne sont pas soumis à des lois physiques parfois indémontrables, alors que nous serions plutôt prisonniers d’un engrenange de forces que nous ne connaissons-pas ?
5. L’imaginaire : une plomberie hormonale ?
Analogiquement, si nous nous considérons les capacités de notre cerveau pour l’établissement de nouveaux circuits, à travers un réseau de tuyauterie biologique où circulent abondamment différents liquides – une espèce de bouillon d’hormones – la capacité d’établir de nouvelles connexions entre différents thèmes n’est limitée que par les frontières que nous voulons établir ou nou entre les différents secteurs de notre imagination. Remercions ici la synpase chimique qui contribue au décloisonnement de nos idées !
La cosmologie scientifique conduit parfois ses enthousiastes à un enfermement caractéristique, focalisant leur attention par exemple sur la naissance de la vie par la mort des étoiles. Des phénomènes lointains dans l’espace-temps qui ne conditionnent pas nécessairement le comportement quotidien. À vrai dire, cela les éloigne parfois des êtres qui sont près d’eux, alors quue ces derniers attendent parfois réponse à leur invitation à entrer en contact… « Non, je ne suis pas disponible pour le moment. Je suis dans une autre galaxie » pourrait-on sous-entendre de leur messagerie vocale. Mais comment cet intérêt pour les phénomènes si lointains dans l’espace-temps nous fait-il oublier le merveilleux de l’Univers, dans ce qu’il y a de plus près : ces êtres qui nous entourent et qui veulent nous parler ?
Dans cette quête de sens, la cosmologie symbolique fournira donc une perspective nouvelle qui élargira notre regard sur le monde, dans la seconde année du blogue, après une période de repos et de médiation.
La préparation de ce nouveau cycle de publication est en route depuis l’automne 2006. Elle a permis à l’auteur de passer une partie de l’hiver à la Grande Bibliothèque - oasis merveilleux pour la réflexion et l’étude, d’emprunter des dizaines et des dizaines de volumes et de remplir quatre carnets de notes Moleskine. Donc, il ne manque pas de matériel pour alimenter ce blogue, mais plutôt de temps !
Suite à ces lectures et ces consultations, vous serez donc menés sur de nouvelles terres. Que ce soit des considérations à la fois désopilantes et scientifiques de Salavador Dali, des commentaire surprenants sur l’art cosmologique ou des méditations philosophiques datant de plusieurs siècles, qui s’expriment dans les évocations cosmologique du mandala kalachakra, ce cercle sacré tibétain, il n’y a aucun doute : l’Humain n’a de cesse de manifester son étonnement devant le cosmos. Dans le dernier cas, il s’agit dobserver un groupe de moines bouddhistes passer des jours entiers à tracer un mandala, avec de minuscules grains de riz, des figures géométriques non seulement extraordinaires dans leur précision, mais aussi très chargées symboliquement pour constater notre émerveillement. Cela ne diminue en rien les extraordinaires contributions des artistes de l’informatique, en cosmologie computationnelle, qui consacrent aussi beaucoup d’énergie à produire des simulations tridimensionnelles et animées de différents phénomènes cosmologiques.
Toute activité humaine tournée vers notre émerveillement et notre quête de compréhension mérite sa place au soleil !
Au cours de cette prochaine année, vous pourrez ainsi constater que ce ne sont pas seulement les astrophysiciens de notre siècle qui peuvent réfléchir à des univers multiples ou des cosmos de type multivers, même les bouhistes y songeaient… bien avant nous… nous reviendrons donc sur ces sujets dans les prochains mois. Ici ne s’entrouvre qu’une porte…





2007 08 07 at 07:54
Tout scientifique sérieux pense – comme Einstein – qu’il n’y a rien (temps, matière, énergie et espace) avant le big bang. On peut tout de même se demander comment le “rien” s’est transformé en un “quelque chose”, par génération spontanée ? Y aurait-il par hazard un univers identique et parallèle au notre, et où on pourait accéder par régrétion vers l’intérieur d’un autre big bang où d’un trou noir.
2008 03 08 at 18:48
Merci Cédric d’avoir laissé ce petit commentaire, auquel il serait bien tentant de répondre de manière étendue.
Mais résumons en affirmant qu’il n’est peut-être pas tout à fait approprié de croire que « tout scientique sérieux pense qu’il n’y a rien avant le big-bang ».
Ce « rien » peut être défini de plusieurs manière selon le sens qu’on veut bien lui attribuer.
Ce rien, ce peut-être le vide quantique, comme le suggère la cosmologie moderne, un espace et un temps indéfini dans lequel il y a une potentialité de perturbation éminente, jusqu’à ce que les conditions se présentent pour donner place à une incroyable explosion.
Mais cette « explosion » ne doit pas être prise dans son premier sens, non. Ce n’est pas une explosion dans le temps et dans l’espace, mais bien une explosion de temps et d’espace, comme l’explique d’aileurs si bien Simon Singh dans son livre Bing Bang, maintenant disponible en français.
http://del.icio.us/universzeroun/Singh
C’est une bonne piste de départ pour quelqu’un qui voudrait suivre une nouvelle piste afin de mieux comprendre ce qu’est en sorte le Big Bang.
En attendant, on peut suivre aussi la piste suivante, à partir de la bibliothèque de signets du blogue :
http://del.icio.us/universzeroun/Big-Bang
Merci bien, et bonne lecture.
Apostille : ces liens sont permaents et s’y ajoutent de temps à autre de nouvelles adresses.